Le modèle OSI découpe une communication réseau en 7 couches, de la couche Physique (les câbles) à la couche Application (votre navigateur). Son intérêt n'est pas théorique : il donne un langage commun pour situer une panne (« c'est un problème de couche 3 ») et une méthode de diagnostic couche par couche. Ce guide explique chaque couche, sa correspondance avec le modèle TCP/IP réellement utilisé, le mécanisme d'encapsulation (que vous verrez dans une vraie capture), et à quelle couche vivent IP, TCP, HTTP ou TLS.
Ce que vous allez apprendre
Section intitulée « Ce que vous allez apprendre »- Nommer les 7 couches du modèle OSI et leur rôle.
- Distinguer OSI du modèle TCP/IP réellement implémenté.
- Comprendre l'encapsulation : comment les données traversent les couches.
- Situer un protocole (IP, TCP, HTTP, TLS, ARP) à sa couche, y compris les cas ambigus.
- Diagnostiquer couche par couche avec l'approche bottom-up.
Qu'est-ce que le modèle OSI ?
Section intitulée « Qu'est-ce que le modèle OSI ? »Le modèle OSI (Open Systems Interconnection), normalisé par l'ISO, décrit comment deux machines communiquent sur un réseau en découpant le travail en 7 couches empilées. Chaque couche a une responsabilité précise et ne parle qu'à ses voisines immédiates.
Le mécanisme central est l'encapsulation. Chaque couche reçoit les données de la couche supérieure, y ajoute son propre en-tête, et transmet le tout à la couche inférieure comme une charge utile opaque. Vos données HTTP deviennent le contenu d'un segment TCP, lui-même contenu dans un paquet IP, lui-même contenu dans une trame Ethernet. À la réception, chaque couche retire son en-tête et transmet le reste au niveau supérieur, sans jamais avoir besoin d'interpréter ce qu'il contient.
OSI vs TCP/IP : le théorique et le réel
Section intitulée « OSI vs TCP/IP : le théorique et le réel »Le modèle réellement déployé sur Internet est TCP/IP, défini par la RFC 1122 (1989). Il compte 4 couches, qui regroupent les 7 d'OSI :
| TCP/IP (réel, RFC 1122) | Couches OSI correspondantes |
|---|---|
| Application | 7 Application + 6 Présentation + 5 Session |
| Transport | 4 Transport |
| Internet | 3 Réseau |
| Accès réseau (Link) | 2 Liaison + 1 Physique |
TCP/IP fusionne les couches hautes (5-6-7) en une seule Application, et les couches basses (1-2) en Accès réseau. C'est plus proche de la réalité : un serveur HTTP gère le format, la session et l'application sans frontière nette entre elles.
Les 7 couches en détail
Section intitulée « Les 7 couches en détail »Chaque couche manipule une unité de données (PDU) qui lui est propre. Voici le tableau de référence, de la couche 7 (proche de l'utilisateur) à la couche 1 (le média physique) :
| N° | Couche | PDU (unité) | Rôle | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| 7 | Application | Données | Services réseau de l'application | HTTP, DNS, SMTP, SSH |
| 6 | Présentation | Données | Format, encodage, chiffrement | TLS, JPEG, ASCII |
| 5 | Session | Données | Ouverture/maintien des sessions | RPC, sockets |
| 4 | Transport | Segment (TCP) / Datagramme (UDP) | Bout-en-bout, ports, fiabilité | TCP, UDP |
| 3 | Réseau | Paquet | Adressage logique, routage | IP, ICMP |
| 2 | Liaison | Trame | Adressage physique local (MAC) | Ethernet, Wi-Fi, ARP |
| 1 | Physique | Bit | Transmission des signaux | câble, fibre, RJ45 |
Trois couches concentrent l'essentiel du diagnostic au quotidien :
- La couche 2 (Liaison) gère les adresses MAC sur le réseau local. C'est le domaine du switch, d'Ethernet et du protocole ARP.
- La couche 3 (Réseau) gère les adresses IP et le routage entre réseaux. C'est le domaine du routeur, d'IP et des sous-réseaux, et d'ICMP.
- La couche 4 (Transport) introduit les ports et le choix entre TCP et UDP.
Les couches 5 (Session) et 6 (Présentation) sont rarement distinguées en pratique (voir les limites du modèle plus bas).
L'encapsulation : traverser les couches
Section intitulée « L'encapsulation : traverser les couches »À l'émission, la donnée descend la pile. Chaque couche ajoute son en-tête (header) devant ce qu'elle reçoit de la couche du dessus. À la réception, le processus s'inverse : chaque couche lit puis retire son en-tête (désencapsulation).
Données applicatives (L7) + en-tête Transport (port) = Segment (L4) + en-tête Réseau (IP) = Paquet (L3) + en-tête Liaison (MAC) = Trame (L2) -> signaux électriques = Bits (L1)Ce n'est pas qu'une théorie : on voit ces couches emboîtées dans une seule capture. Avec tcpdump -e (l'option -e affiche la couche 2), un paquet du début d'une connexion HTTP montre les trois couches d'un coup :
tcpdump -e -n -i eth0 'tcp port 80'aa:bb:cc:11:22:33 > dd:ee:ff:44:55:66, ethertype IPv4 (0x0800), length 74: 192.168.1.10.40644 > 203.0.113.20.80: Flags [S], seq 301493447, length 0Décodez cette ligne couche par couche :
- Couche 2 :
aa:bb:cc:11:22:33 > dd:ee:ff:44:55:66(MAC source vers MAC destination),ethertype IPv4. - Couche 3 :
192.168.1.10 > 203.0.113.20(IP source vers IP destination). - Couche 4 :
.40644 > .80(port source vers port 80),Flags [S]= le SYN qui ouvre la connexion TCP.
Une seule ligne, trois couches imbriquées : c'est l'encapsulation rendue visible.
À quelle couche se trouve mon protocole ?
Section intitulée « À quelle couche se trouve mon protocole ? »C'est la question la plus posée, et certaines réponses sont honnêtement débattues :
| Protocole | Couche | Remarque |
|---|---|---|
| Ethernet, Wi-Fi | 2 | trames, adresses MAC |
| ARP | 2 (souvent dit « 2.5 ») | encapsulé dans une trame (argument L2), mais au service d'IP (argument L3) |
| IP, ICMP | 3 | paquets, routage |
| TCP, UDP | 4 | ports, segments |
| TLS | entre 4 et 7 | souvent rattaché à la 6 (Présentation), parfois 5 ; pas de placement unique |
| HTTP, DNS, SSH | 7 | protocoles applicatifs |
Deux cas méritent l'honnêteté technique :
- ARP est techniquement en couche 2 (encapsulé dans une trame Ethernet, pas d'en-tête IP, non routable), mais il sert uniquement à faire fonctionner IP en résolvant une adresse IP en adresse MAC. D'où le surnom de « couche 2.5 ».
- TLS n'a pas de couche unique. Il s'intercale entre la couche Transport (4) et la couche Application (7) : on le rattache souvent à la Présentation (6) par convention, mais le situer rigidement est un abus de langage. Pour le diagnostic concret de TLS, voir le guide diagnostic TLS avec openssl.
Quel équipement à quelle couche ?
Section intitulée « Quel équipement à quelle couche ? »Le « niveau » d'un équipement désigne la couche sur laquelle il prend ses décisions :
| Équipement | Couche | Décide selon |
|---|---|---|
| Hub / répéteur | 1 | rien (recopie les signaux) |
| Switch | 2 | adresses MAC |
| Routeur | 3 | adresses IP |
| Pare-feu | 3-4 (filtrage IP/ports) ou 7 (WAF) | IP/ports, ou contenu applicatif |
| Load balancer | 4 (IP/ports) ou 7 (URL, cookies) | transport, ou contenu HTTP |
En réalité, beaucoup d'équipements opèrent sur plusieurs couches à la fois. Un pare-feu moderne filtre sur les ports (couche 4) mais peut aussi inspecter le contenu HTTP (couche 7) ; un load balancer L7 lit l'URL pour router, là où un L4 se contente de l'IP et du port.
OSI pour diagnostiquer : l'approche bottom-up
Section intitulée « OSI pour diagnostiquer : l'approche bottom-up »L'usage le plus concret du modèle est le diagnostic couche par couche, de la plus basse à la plus haute. Si une couche fonctionne, on suppose que celles du dessous fonctionnent aussi :
-
Couche 1-2 : le lien est-il actif ?
ip link show(étatUP), le câble ou le Wi-Fi sont-ils connectés ? -
Couche 2 : la résolution locale marche-t-elle ?
ip neighmontre-t-il les voisins enREACHABLE? -
Couche 3 : ai-je une IP et une route ?
ip addr,ip route, puisping(ICMP) vers la passerelle et l'extérieur. -
Couche 4 : le port distant répond-il ?
ss -tulnen local,nc -zv host portà distance. -
Couche 7 : le service répond-il correctement ?
curl -v, une requête DNS avecdig, les logs applicatifs.
C'est exactement la logique « du plus proche au plus loin » de la méthodologie de diagnostic réseau. Le modèle OSI donne le vocabulaire pour dire où se situe la panne : « la couche 3 est bonne (le ping passe), c'est la couche 7 qui échoue (le service répond une erreur) ».
Les limites du modèle OSI
Section intitulée « Les limites du modèle OSI »Le modèle a ses angles morts, qu'il faut connaître :
- Les couches 5 (Session) et 6 (Présentation) sont floues : peu de protocoles s'y logent proprement, d'où le débat permanent sur TLS.
- Le modèle TCP/IP les fusionne dans la couche Application, ce qui colle mieux à la réalité des implémentations.
- OSI n'est pas déployé : c'est un cadre de conception et de discussion, pas le code qui tourne sur vos serveurs.
La bonne posture : OSI est la carte mentale et le langage commun ; TCP/IP est ce qui tourne vraiment. On raisonne en couches OSI, on implémente en TCP/IP.
Comment retenir les 7 couches
Section intitulée « Comment retenir les 7 couches »Quelques phrases mnémotechniques classiques :
- De 1 vers 7 (Physique -> Application) : « Pour Le Réseau, Tout Se Passe Automatiquement ».
- De 7 vers 1 (Application -> Physique) : « Après Plusieurs Saisons, Tout Refroidit La Planète ».
L'essentiel à mémoriser pour le terrain reste le trio central : 3 Réseau (IP), 4 Transport (ports), 7 Application (service). C'est là que se règlent la plupart des incidents.
À retenir
Section intitulée « À retenir »- Le modèle OSI découpe la communication en 7 couches : Physique, Liaison, Réseau, Transport, Session, Présentation, Application.
- Les PDU : bit (1), trame (2), paquet (3), segment ou datagramme (4), puis « données ».
- Le modèle réellement utilisé est TCP/IP (4 couches, RFC 1122) ; OSI est un référentiel pédagogique et un vocabulaire commun.
- L'encapsulation ajoute un en-tête à chaque couche en descendant la pile : on la voit dans
tcpdump -e(MAC + IP + ports dans une trame). - IP = couche 3, TCP/UDP = couche 4, HTTP = couche 7 ; ARP est « 2.5 » et TLS s'intercale « entre 4 et 7 ».
- OSI sert surtout à diagnostiquer couche par couche (bottom-up) et à nommer où se situe une panne.
FAQ : questions fréquentes sur le modèle OSI
Section intitulée « FAQ : questions fréquentes sur le modèle OSI »Sept couches de référence
Le modèle OSI (Open Systems Interconnection), normalisé par l'ISO, découpe une communication réseau en 7 couches empilées, chacune avec un rôle précis :| N° | Couche | Rôle |
|---|---|---|
| 7 | Application | services applicatifs (HTTP, DNS) |
| 6 | Présentation | format, chiffrement (TLS) |
| 5 | Session | gestion des sessions |
| 4 | Transport | ports, fiabilité (TCP/UDP) |
| 3 | Réseau | adressage IP, routage |
| 2 | Liaison | adresses MAC (Ethernet) |
| 1 | Physique | signaux, câbles |
Théorique contre réel
| OSI | TCP/IP | |
|---|---|---|
| Couches | 7 | 4 |
| Statut | modèle théorique | réellement implémenté |
| Référence | ISO | RFC 1122 |
- OSI 7 + 6 + 5 -> TCP/IP Application
- OSI 4 -> TCP/IP Transport
- OSI 3 -> TCP/IP Internet
- OSI 2 + 1 -> TCP/IP Accès réseau
Le mapping protocole vers couche
| Protocole | Couche |
|---|---|
| Ethernet, Wi-Fi | 2 (Liaison) |
| ARP | 2 (« 2.5 ») |
| IP, ICMP | 3 (Réseau) |
| TCP, UDP | 4 (Transport) |
| TLS | entre 4 et 7 |
| HTTP, DNS, SSH | 7 (Application) |
- ARP est en couche 2 (encapsulé dans une trame), mais sert IP : d'où le surnom « couche 2.5 ».
- TLS n'a pas de couche unique : il s'intercale entre le Transport (4) et l'Application (7), souvent rattaché à la 6 (Présentation) par convention.
Des enveloppes imbriquées
À l'émission, la donnée descend la pile et chaque couche ajoute son en-tête (header) devant ce qu'elle reçoit du dessus :Donnees (L7)
+ en-tete Transport = Segment (L4)
+ en-tete Reseau = Paquet (L3)
+ en-tete Liaison = Trame (L2)
-> Bits (L1)
À la réception, c'est l'inverse : la désencapsulation retire l'en-tête à chaque couche en remontant. On le voit dans une capture tcpdump -e : une seule trame contient l'adresse MAC (L2), l'IP (L3) et les ports (L4) emboîtés, comme des poupées russes.Surtout pour diagnostiquer
L'usage le plus concret est le diagnostic bottom-up, de la couche basse vers la haute :- L1-2 : lien actif ?
ip link,ip neigh - L3 : IP et route ?
ip addr,ip route,ping - L4 : port ouvert ?
ss -tuln,nc -zv - L7 : service répond ?
curl -v,dig