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Réseaux medium

Le modèle OSI et TCP/IP : les couches réseau

12 min de lecture

Le modèle OSI découpe une communication réseau en 7 couches, de la couche Physique (les câbles) à la couche Application (votre navigateur). Son intérêt n'est pas théorique : il donne un langage commun pour situer une panne (« c'est un problème de couche 3 ») et une méthode de diagnostic couche par couche. Ce guide explique chaque couche, sa correspondance avec le modèle TCP/IP réellement utilisé, le mécanisme d'encapsulation (que vous verrez dans une vraie capture), et à quelle couche vivent IP, TCP, HTTP ou TLS.

  • Nommer les 7 couches du modèle OSI et leur rôle.
  • Distinguer OSI du modèle TCP/IP réellement implémenté.
  • Comprendre l'encapsulation : comment les données traversent les couches.
  • Situer un protocole (IP, TCP, HTTP, TLS, ARP) à sa couche, y compris les cas ambigus.
  • Diagnostiquer couche par couche avec l'approche bottom-up.

Le modèle OSI (Open Systems Interconnection), normalisé par l'ISO, décrit comment deux machines communiquent sur un réseau en découpant le travail en 7 couches empilées. Chaque couche a une responsabilité précise et ne parle qu'à ses voisines immédiates.

L'analogie la plus parlante est celle des enveloppes imbriquées. Quand vous envoyez une lettre, vous la glissez dans une enveloppe (adresse du destinataire), que le bureau de poste place dans un sac (tournée), lui-même chargé dans un camion (transport). Chaque acteur n'a besoin de lire que son niveau d'information. Le réseau fait pareil : chaque couche ajoute son « enveloppe ».

Le modèle réellement déployé sur Internet est TCP/IP, défini par la RFC 1122 (1989). Il compte 4 couches, qui regroupent les 7 d'OSI :

TCP/IP (réel, RFC 1122)Couches OSI correspondantes
Application7 Application + 6 Présentation + 5 Session
Transport4 Transport
Internet3 Réseau
Accès réseau (Link)2 Liaison + 1 Physique

TCP/IP fusionne les couches hautes (5-6-7) en une seule Application, et les couches basses (1-2) en Accès réseau. C'est plus proche de la réalité : un serveur HTTP gère le format, la session et l'application sans frontière nette entre elles.

Chaque couche manipule une unité de données (PDU) qui lui est propre. Voici le tableau de référence, de la couche 7 (proche de l'utilisateur) à la couche 1 (le média physique) :

CouchePDU (unité)RôleExemples
7ApplicationDonnéesServices réseau de l'applicationHTTP, DNS, SMTP, SSH
6PrésentationDonnéesFormat, encodage, chiffrementTLS, JPEG, ASCII
5SessionDonnéesOuverture/maintien des sessionsRPC, sockets
4TransportSegment (TCP) / Datagramme (UDP)Bout-en-bout, ports, fiabilitéTCP, UDP
3RéseauPaquetAdressage logique, routageIP, ICMP
2LiaisonTrameAdressage physique local (MAC)Ethernet, Wi-Fi, ARP
1PhysiqueBitTransmission des signauxcâble, fibre, RJ45

Trois couches concentrent l'essentiel du diagnostic au quotidien :

  • La couche 2 (Liaison) gère les adresses MAC sur le réseau local. C'est le domaine du switch, d'Ethernet et du protocole ARP.
  • La couche 3 (Réseau) gère les adresses IP et le routage entre réseaux. C'est le domaine du routeur, d'IP et des sous-réseaux, et d'ICMP.
  • La couche 4 (Transport) introduit les ports et le choix entre TCP et UDP.

Les couches 5 (Session) et 6 (Présentation) sont rarement distinguées en pratique (voir les limites du modèle plus bas).

À l'émission, la donnée descend la pile. Chaque couche ajoute son en-tête (header) devant ce qu'elle reçoit de la couche du dessus. À la réception, le processus s'inverse : chaque couche lit puis retire son en-tête (désencapsulation).

Données applicatives (L7)
+ en-tête Transport (port) = Segment (L4)
+ en-tête Réseau (IP) = Paquet (L3)
+ en-tête Liaison (MAC) = Trame (L2)
-> signaux électriques = Bits (L1)

Ce n'est pas qu'une théorie : on voit ces couches emboîtées dans une seule capture. Avec tcpdump -e (l'option -e affiche la couche 2), un paquet du début d'une connexion HTTP montre les trois couches d'un coup :

Fenêtre de terminal
tcpdump -e -n -i eth0 'tcp port 80'
aa:bb:cc:11:22:33 > dd:ee:ff:44:55:66, ethertype IPv4 (0x0800), length 74:
192.168.1.10.40644 > 203.0.113.20.80: Flags [S], seq 301493447, length 0

Décodez cette ligne couche par couche :

  • Couche 2 : aa:bb:cc:11:22:33 > dd:ee:ff:44:55:66 (MAC source vers MAC destination), ethertype IPv4.
  • Couche 3 : 192.168.1.10 > 203.0.113.20 (IP source vers IP destination).
  • Couche 4 : .40644 > .80 (port source vers port 80), Flags [S] = le SYN qui ouvre la connexion TCP.

Une seule ligne, trois couches imbriquées : c'est l'encapsulation rendue visible.

C'est la question la plus posée, et certaines réponses sont honnêtement débattues :

ProtocoleCoucheRemarque
Ethernet, Wi-Fi2trames, adresses MAC
ARP2 (souvent dit « 2.5 »)encapsulé dans une trame (argument L2), mais au service d'IP (argument L3)
IP, ICMP3paquets, routage
TCP, UDP4ports, segments
TLSentre 4 et 7souvent rattaché à la 6 (Présentation), parfois 5 ; pas de placement unique
HTTP, DNS, SSH7protocoles applicatifs

Deux cas méritent l'honnêteté technique :

  • ARP est techniquement en couche 2 (encapsulé dans une trame Ethernet, pas d'en-tête IP, non routable), mais il sert uniquement à faire fonctionner IP en résolvant une adresse IP en adresse MAC. D'où le surnom de « couche 2.5 ».
  • TLS n'a pas de couche unique. Il s'intercale entre la couche Transport (4) et la couche Application (7) : on le rattache souvent à la Présentation (6) par convention, mais le situer rigidement est un abus de langage. Pour le diagnostic concret de TLS, voir le guide diagnostic TLS avec openssl.

Le « niveau » d'un équipement désigne la couche sur laquelle il prend ses décisions :

ÉquipementCoucheDécide selon
Hub / répéteur1rien (recopie les signaux)
Switch2adresses MAC
Routeur3adresses IP
Pare-feu3-4 (filtrage IP/ports) ou 7 (WAF)IP/ports, ou contenu applicatif
Load balancer4 (IP/ports) ou 7 (URL, cookies)transport, ou contenu HTTP

En réalité, beaucoup d'équipements opèrent sur plusieurs couches à la fois. Un pare-feu moderne filtre sur les ports (couche 4) mais peut aussi inspecter le contenu HTTP (couche 7) ; un load balancer L7 lit l'URL pour router, là où un L4 se contente de l'IP et du port.

L'usage le plus concret du modèle est le diagnostic couche par couche, de la plus basse à la plus haute. Si une couche fonctionne, on suppose que celles du dessous fonctionnent aussi :

  1. Couche 1-2 : le lien est-il actif ? ip link show (état UP), le câble ou le Wi-Fi sont-ils connectés ?

  2. Couche 2 : la résolution locale marche-t-elle ? ip neigh montre-t-il les voisins en REACHABLE ?

  3. Couche 3 : ai-je une IP et une route ? ip addr, ip route, puis ping (ICMP) vers la passerelle et l'extérieur.

  4. Couche 4 : le port distant répond-il ? ss -tuln en local, nc -zv host port à distance.

  5. Couche 7 : le service répond-il correctement ? curl -v, une requête DNS avec dig, les logs applicatifs.

C'est exactement la logique « du plus proche au plus loin » de la méthodologie de diagnostic réseau. Le modèle OSI donne le vocabulaire pour dire où se situe la panne : « la couche 3 est bonne (le ping passe), c'est la couche 7 qui échoue (le service répond une erreur) ».

Le modèle a ses angles morts, qu'il faut connaître :

  • Les couches 5 (Session) et 6 (Présentation) sont floues : peu de protocoles s'y logent proprement, d'où le débat permanent sur TLS.
  • Le modèle TCP/IP les fusionne dans la couche Application, ce qui colle mieux à la réalité des implémentations.
  • OSI n'est pas déployé : c'est un cadre de conception et de discussion, pas le code qui tourne sur vos serveurs.

La bonne posture : OSI est la carte mentale et le langage commun ; TCP/IP est ce qui tourne vraiment. On raisonne en couches OSI, on implémente en TCP/IP.

Quelques phrases mnémotechniques classiques :

  • De 1 vers 7 (Physique -> Application) : « Pour Le Réseau, Tout Se Passe Automatiquement ».
  • De 7 vers 1 (Application -> Physique) : « Après Plusieurs Saisons, Tout Refroidit La Planète ».

L'essentiel à mémoriser pour le terrain reste le trio central : 3 Réseau (IP), 4 Transport (ports), 7 Application (service). C'est là que se règlent la plupart des incidents.

  • Le modèle OSI découpe la communication en 7 couches : Physique, Liaison, Réseau, Transport, Session, Présentation, Application.
  • Les PDU : bit (1), trame (2), paquet (3), segment ou datagramme (4), puis « données ».
  • Le modèle réellement utilisé est TCP/IP (4 couches, RFC 1122) ; OSI est un référentiel pédagogique et un vocabulaire commun.
  • L'encapsulation ajoute un en-tête à chaque couche en descendant la pile : on la voit dans tcpdump -e (MAC + IP + ports dans une trame).
  • IP = couche 3, TCP/UDP = couche 4, HTTP = couche 7 ; ARP est « 2.5 » et TLS s'intercale « entre 4 et 7 ».
  • OSI sert surtout à diagnostiquer couche par couche (bottom-up) et à nommer où se situe une panne.

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