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Tables de routage et gateways : diriger le trafic réseau

12 min de lecture

Une machine dans le cloud ne décide pas elle-même par où sortir : c'est la table de routage attachée à son sous-réseau qui l'impose. Comprendre cette table, et les passerelles vers lesquelles elle pointe, c'est comprendre pourquoi un serveur « avec une adresse publique » reste parfois injoignable, et pourquoi une ligne de facture apparaît le mois où l'on a branché un accès Internet. Cette page reprend les notions de routage vues en local et les applique aux objets du cloud, avec un lab rejouable sans compte.

  • Lire une table de routage cloud et prédire où part un paquet.
  • Distinguer la passerelle Internet de la passerelle NAT, qui ne font pas le même travail.
  • Rendre un sous-réseau public, et savoir exactement ce que cela change.
  • Chiffrer ce que coûte chaque type de sortie avant de la brancher.
  • Diagnostiquer les trois pannes de routage les plus fréquentes.

Les leçons sur l'adressage et le routage et sur le réseau privé et ses sous-réseaux.

Dans le cloud, vous n'écrivez pas les routes dans les machines : vous les écrivez dans un objet que le fournisseur applique à tout un sous-réseau. La logique reste celle du réseau classique, la route la plus spécifique l'emporte, mais le point d'écriture change.

Une table de routage cloud contient toujours au moins une entrée, créée pour vous et non supprimable : la route locale, qui dit que les adresses du réseau privé se joignent directement, sans passerelle.

DestinationCibleCe que ça veut dire
10.20.0.0/16localTout ce qui est dans mon réseau, je le joins sans intermédiaire
0.0.0.0/0passerelle InternetTout le reste part vers Internet

Ces deux lignes suffisent à définir un sous-réseau public. Retirez la seconde, le sous-réseau devient privé. C'est aussi simple que cela, et c'est pour cette raison que « public » n'est pas une case à cocher mais une conséquence.

La passerelle Internet et la passerelle NAT sont souvent confondues, alors qu'elles répondent à des besoins opposés. La première ouvre un chemin dans les deux sens, la seconde n'en ouvre qu'un, vers l'extérieur. Les mélanger produit soit une base de données joignable depuis Internet, soit une application incapable de télécharger ses mises à jour.

Une précision qui compte, et que ce cours tient d'un bout à l'autre : une passerelle Internet n'expose rien à elle seule, et le NAT n'est pas un dispositif de sécurité. La première ne fait qu'ouvrir un chemin, encore faut-il une adresse publique et une règle de pare-feu qui laisse passer. Le second empêche les connexions entrantes comme effet de son fonctionnement, pas comme politique : il ne filtre rien, ne journalise rien, et disparaît en IPv6 où les adresses ne manquent plus. Votre contrôle d'accès reste le pare-feu, jamais la traduction d'adresses.

Passerelle InternetPasserelle NAT
Sens du traficentrant et sortantsortant uniquement
Adresse publique de la machineobligatoireinutile
Usage typiquerépartiteur de charge, serveur de rebondserveurs applicatifs, bases
Coût habituelgratuit ou négligeablefacturé à l'heure et au gigaoctet

La passerelle Internet est un simple point de sortie du réseau. Elle n'effectue aucune traduction : la machine doit porter sa propre adresse publique, et le trafic peut circuler dans les deux sens. C'est ce qui rend un sous-réseau exposé.

La passerelle NAT effectue une traduction d'adresses, comme la box décrite dans la première leçon. Les machines gardent une adresse privée, sortent en empruntant l'adresse publique de la passerelle, et restent injoignables depuis l'extérieur. C'est le montage par défaut pour tout ce qui n'a pas besoin d'être exposé, c'est-à-dire l'écrasante majorité de vos serveurs.

Le vocabulaire diffère, la logique non.

Une Internet Gateway s'attache au VPC, puis une route 0.0.0.0/0 la vise dans la table du sous-réseau à exposer. Une NAT Gateway vit dans un sous-réseau public et porte une adresse élastique ; les sous-réseaux privés la visent par leur propre route 0.0.0.0/0.

Lab : brancher une sortie Internet, sans compte cloud

Section intitulée « Lab : brancher une sortie Internet, sans compte cloud »

Ce lab poursuit celui de la leçon précédente sur l'émulateur feint. Vous allez créer une passerelle, l'attacher, et observer les deux options qui décident du comportement.

  1. Reprendre l'environnement

    Fenêtre de terminal
    feint serve

    Dans un second terminal :

    Fenêtre de terminal
    eval "$(feint env scaleway)"
  2. Créer la passerelle publique

    Fenêtre de terminal
    scw vpc-gw gateway create name=lab-nat type=VPC-GW-S
    ID e7d982c6-7e9d-4c61-9de8-e2516ddd62a1
    Type VPC-GW-S
    Status running
    Name lab-nat
    BastionEnabled false

    Le champ Type désigne la taille de la passerelle, et c'est lui qui détermine le tarif horaire chez le vrai fournisseur.

  3. L'attacher au réseau privé, avec traduction d'adresses

    Fenêtre de terminal
    scw vpc-gw gateway-network create \
    gateway-id=<ID_PASSERELLE> \
    private-network-id=<ID_RESEAU_PRIVE> \
    enable-masquerade=true
    ID 98f8080e-e0b5-4a0a-a583-94dd4d0f7539
    MacAddress 02:00:0a:14:02:02
    MasqueradeEnabled true
    Status ready
    PushDefaultRoute false
    Zone fr-par-1
  4. Lire les deux champs qui comptent

    MasqueradeEnabled: true signifie que la traduction d'adresses est active : les machines du réseau privé peuvent sortir en empruntant l'adresse de la passerelle.

    PushDefaultRoute: false signifie que la route par défaut n'est pas distribuée aux machines. Autrement dit, la passerelle est prête, mais les machines ne savent pas encore qu'elles doivent passer par elle.

Les pannes de routage se ressemblent toutes vue de l'application : « ça ne répond pas ». Les distinguer demande de regarder au bon endroit, et chacune a une signature reconnaissable.

SymptômeCause la plus probableVérification
La machine ne sort pas du tout, même vers une adresse IPPas de route 0.0.0.0/0, ou route non pousséeip route show sur la machine
La machine sort vers une adresse IP mais pas vers un nomLe routage est bon, le DNS ne l'est pasdig vers un nom, puis ping vers l'adresse obtenue
La machine sort, mais rien n'entrePasserelle NAT au lieu de passerelle Internet, ou pas d'adresse publiqueNature de la passerelle, et adresse réellement attachée

La deuxième ligne mérite une seconde d'attention : une panne DNS ressemble exactement à une panne réseau pour qui regarde depuis l'application. Le test qui les sépare tient en deux commandes, et il évite de chercher une heure du mauvais côté.

  • La table de routage s'attache au sous-réseau, pas à la machine. C'est là que se décide la sortie.
  • La route locale est créée et non supprimable : les adresses du réseau se joignent toujours directement.
  • Un sous-réseau est public parce qu'une route 0.0.0.0/0 vise une passerelle Internet. Retirez la route, il redevient privé.
  • La passerelle Internet ouvre les deux sens, la NAT le sens sortant seulement. Aucune des deux n'est un contrôle de sécurité : c'est le pare-feu qui filtre.
  • La passerelle NAT se facture à l'heure et au gigaoctet, par zone. C'est un vrai poste, pas un détail.
  • Le trafic vers le stockage objet du même fournisseur peut éviter la passerelle par un point de terminaison privé, souvent gratuit.
  • Devant une machine injoignable, vérifiez la route avant le pare-feu. C'est la cause la plus fréquente et la plus silencieuse.

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