Une machine dans le cloud ne décide pas elle-même par où sortir : c'est la table de routage attachée à son sous-réseau qui l'impose. Comprendre cette table, et les passerelles vers lesquelles elle pointe, c'est comprendre pourquoi un serveur « avec une adresse publique » reste parfois injoignable, et pourquoi une ligne de facture apparaît le mois où l'on a branché un accès Internet. Cette page reprend les notions de routage vues en local et les applique aux objets du cloud, avec un lab rejouable sans compte.
Ce que vous allez apprendre
Section intitulée « Ce que vous allez apprendre »- Lire une table de routage cloud et prédire où part un paquet.
- Distinguer la passerelle Internet de la passerelle NAT, qui ne font pas le même travail.
- Rendre un sous-réseau public, et savoir exactement ce que cela change.
- Chiffrer ce que coûte chaque type de sortie avant de la brancher.
- Diagnostiquer les trois pannes de routage les plus fréquentes.
Prérequis
Section intitulée « Prérequis »Les leçons sur l'adressage et le routage et sur le réseau privé et ses sous-réseaux.
La table de routage, version cloud
Section intitulée « La table de routage, version cloud »Dans le cloud, vous n'écrivez pas les routes dans les machines : vous les écrivez dans un objet que le fournisseur applique à tout un sous-réseau. La logique reste celle du réseau classique, la route la plus spécifique l'emporte, mais le point d'écriture change.
Une table de routage cloud contient toujours au moins une entrée, créée pour vous et non supprimable : la route locale, qui dit que les adresses du réseau privé se joignent directement, sans passerelle.
| Destination | Cible | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
10.20.0.0/16 | local | Tout ce qui est dans mon réseau, je le joins sans intermédiaire |
0.0.0.0/0 | passerelle Internet | Tout le reste part vers Internet |
Ces deux lignes suffisent à définir un sous-réseau public. Retirez la seconde, le sous-réseau devient privé. C'est aussi simple que cela, et c'est pour cette raison que « public » n'est pas une case à cocher mais une conséquence.
Deux passerelles, deux métiers
Section intitulée « Deux passerelles, deux métiers »La passerelle Internet et la passerelle NAT sont souvent confondues, alors qu'elles répondent à des besoins opposés. La première ouvre un chemin dans les deux sens, la seconde n'en ouvre qu'un, vers l'extérieur. Les mélanger produit soit une base de données joignable depuis Internet, soit une application incapable de télécharger ses mises à jour.
Une précision qui compte, et que ce cours tient d'un bout à l'autre : une passerelle Internet n'expose rien à elle seule, et le NAT n'est pas un dispositif de sécurité. La première ne fait qu'ouvrir un chemin, encore faut-il une adresse publique et une règle de pare-feu qui laisse passer. Le second empêche les connexions entrantes comme effet de son fonctionnement, pas comme politique : il ne filtre rien, ne journalise rien, et disparaît en IPv6 où les adresses ne manquent plus. Votre contrôle d'accès reste le pare-feu, jamais la traduction d'adresses.
| Passerelle Internet | Passerelle NAT | |
|---|---|---|
| Sens du trafic | entrant et sortant | sortant uniquement |
| Adresse publique de la machine | obligatoire | inutile |
| Usage typique | répartiteur de charge, serveur de rebond | serveurs applicatifs, bases |
| Coût habituel | gratuit ou négligeable | facturé à l'heure et au gigaoctet |
La passerelle Internet est un simple point de sortie du réseau. Elle n'effectue aucune traduction : la machine doit porter sa propre adresse publique, et le trafic peut circuler dans les deux sens. C'est ce qui rend un sous-réseau exposé.
La passerelle NAT effectue une traduction d'adresses, comme la box décrite dans la première leçon. Les machines gardent une adresse privée, sortent en empruntant l'adresse publique de la passerelle, et restent injoignables depuis l'extérieur. C'est le montage par défaut pour tout ce qui n'a pas besoin d'être exposé, c'est-à-dire l'écrasante majorité de vos serveurs.
Le même montage, selon les fournisseurs
Section intitulée « Le même montage, selon les fournisseurs »Le vocabulaire diffère, la logique non.
Une Internet Gateway s'attache au VPC, puis une route 0.0.0.0/0 la vise
dans la table du sous-réseau à exposer. Une NAT Gateway vit dans un
sous-réseau public et porte une adresse élastique ; les sous-réseaux privés la
visent par leur propre route 0.0.0.0/0.
Azure a longtemps fourni un accès sortant d'office, sans rien créer. Ce comportement est en cours de retrait, et le calendrier a bougé : annoncé pour le 30 septembre 2025, il s'applique désormais aux versions d'API publiées après le 31 mars 2026. Les machines et réseaux existants conservent leur accès, les nouveaux ne l'ont plus.
La conséquence pour vous est la même dans les deux cas : ne construisez rien qui repose sur l'accès implicite. Déclarez une sortie explicite, par une NAT Gateway, une règle sortante de répartiteur de charge, ou une adresse publique attachée. C'est de toute façon plus lisible pour qui reprendra l'infrastructure après vous. Vérifiez le calendrier en vigueur dans la documentation Microsoft, il a déjà été repoussé une fois.
Le routage est au niveau du réseau, pas du sous-réseau : une route par défaut existe dès la création. Une machine sans adresse publique sort via Cloud NAT, qui se configure par région.
Une Internet Service s'attache au Net, puis une Route Table porte la
route 0.0.0.0/0 vers elle. Le NAT Service joue le rôle de la passerelle
NAT et se place dans un subnet public.
Le montage est différent et plus intégré : une Public Gateway s'attache à un
réseau privé, avec deux options qui portent tout le sens. masquerade active la
traduction d'adresses, donc la sortie ; push_default_route décide si la route
par défaut est poussée aux machines du réseau.
Lab : brancher une sortie Internet, sans compte cloud
Section intitulée « Lab : brancher une sortie Internet, sans compte cloud »Ce lab poursuit celui de la leçon précédente sur l'émulateur feint. Vous allez créer une passerelle, l'attacher, et observer les deux options qui décident du comportement.
-
Reprendre l'environnement
Fenêtre de terminal feint serveDans un second terminal :
Fenêtre de terminal eval "$(feint env scaleway)" -
Créer la passerelle publique
Fenêtre de terminal scw vpc-gw gateway create name=lab-nat type=VPC-GW-SID e7d982c6-7e9d-4c61-9de8-e2516ddd62a1Type VPC-GW-SStatus runningName lab-natBastionEnabled falseLe champ
Typedésigne la taille de la passerelle, et c'est lui qui détermine le tarif horaire chez le vrai fournisseur. -
L'attacher au réseau privé, avec traduction d'adresses
Fenêtre de terminal scw vpc-gw gateway-network create \gateway-id=<ID_PASSERELLE> \private-network-id=<ID_RESEAU_PRIVE> \enable-masquerade=trueID 98f8080e-e0b5-4a0a-a583-94dd4d0f7539MacAddress 02:00:0a:14:02:02MasqueradeEnabled trueStatus readyPushDefaultRoute falseZone fr-par-1 -
Lire les deux champs qui comptent
MasqueradeEnabled: truesignifie que la traduction d'adresses est active : les machines du réseau privé peuvent sortir en empruntant l'adresse de la passerelle.PushDefaultRoute: falsesignifie que la route par défaut n'est pas distribuée aux machines. Autrement dit, la passerelle est prête, mais les machines ne savent pas encore qu'elles doivent passer par elle.
Trois pannes de routage, et leur signature
Section intitulée « Trois pannes de routage, et leur signature »Les pannes de routage se ressemblent toutes vue de l'application : « ça ne répond pas ». Les distinguer demande de regarder au bon endroit, et chacune a une signature reconnaissable.
| Symptôme | Cause la plus probable | Vérification |
|---|---|---|
| La machine ne sort pas du tout, même vers une adresse IP | Pas de route 0.0.0.0/0, ou route non poussée | ip route show sur la machine |
| La machine sort vers une adresse IP mais pas vers un nom | Le routage est bon, le DNS ne l'est pas | dig vers un nom, puis ping vers l'adresse obtenue |
| La machine sort, mais rien n'entre | Passerelle NAT au lieu de passerelle Internet, ou pas d'adresse publique | Nature de la passerelle, et adresse réellement attachée |
La deuxième ligne mérite une seconde d'attention : une panne DNS ressemble exactement à une panne réseau pour qui regarde depuis l'application. Le test qui les sépare tient en deux commandes, et il évite de chercher une heure du mauvais côté.
À retenir
Section intitulée « À retenir »- La table de routage s'attache au sous-réseau, pas à la machine. C'est là que se décide la sortie.
- La route locale est créée et non supprimable : les adresses du réseau se joignent toujours directement.
- Un sous-réseau est public parce qu'une route
0.0.0.0/0vise une passerelle Internet. Retirez la route, il redevient privé. - La passerelle Internet ouvre les deux sens, la NAT le sens sortant seulement. Aucune des deux n'est un contrôle de sécurité : c'est le pare-feu qui filtre.
- La passerelle NAT se facture à l'heure et au gigaoctet, par zone. C'est un vrai poste, pas un détail.
- Le trafic vers le stockage objet du même fournisseur peut éviter la passerelle par un point de terminaison privé, souvent gratuit.
- Devant une machine injoignable, vérifiez la route avant le pare-feu. C'est la cause la plus fréquente et la plus silencieuse.