Cette page ouvre le module Réseau du parcours Linux. Elle vous donne le modèle mental commun à toutes les leçons qui suivent : une interface porte une adresse IP, une table de routage décide par où sortent les paquets, un résolveur DNS traduit les noms en adresses. Vous repartez d'ici en sachant lire l'état réseau d'un serveur, choisir l'outil de configuration correspondant à votre distribution, et savoir dans quelle leçon aller chercher la manipulation précise. Les commandes de configuration détaillées vivent dans les leçons dédiées, pas ici.
Ce que vous allez apprendre
Section intitulée « Ce que vous allez apprendre »- Lire l'état réseau d'un serveur avec
ipet repérer l'interface qui porte le trafic. - Distinguer les quatre briques indispensables : interface, adresse, route par défaut, DNS.
- Choisir entre adressage statique et DHCP selon le rôle de la machine.
- Identifier l'outil de configuration réellement en place : systemd-networkd, Netplan ou NetworkManager.
- Appliquer un changement réseau avec la bonne commande selon la distribution, sans couper votre session SSH.
- Situer chaque leçon du module et ce qu'elle couvre.
Les leçons du module, dans l'ordre
Section intitulée « Les leçons du module, dans l'ordre »Le module suit une progression volontaire : d'abord observer avec ip,
ensuite configurer de façon persistante avec l'outil de votre distribution,
puis diagnostiquer quand cela ne répond plus, et enfin transférer des
fichiers entre machines. Suivez cet ordre si vous débutez : chaque leçon
suppose acquise la précédente. Si vous cherchez une manipulation précise,
sautez directement à la carte concernée.
Les quatre briques à identifier sur un serveur
Section intitulée « Les quatre briques à identifier sur un serveur »Avant de modifier quoi que ce soit, il faut savoir ce qui est déjà en place. Toute connectivité Linux repose sur quatre éléments, et un incident réseau vient presque toujours de l'un d'eux. Une interface (la carte réseau, physique ou virtuelle) porte une ou plusieurs adresses IP avec leur masque de sous-réseau. La table de routage contient au minimum une route par défaut vers la passerelle, sans laquelle rien ne sort du réseau local. Le résolveur DNS traduit les noms en adresses. Retenez cet ordre : c'est celui du diagnostic.
Les noms d'interface
Section intitulée « Les noms d'interface »Chaque carte réseau porte un nom, et ce nom dépend de la convention en vigueur
sur la machine. Les anciens eth0, eth1 suivaient l'ordre de détection
matérielle, ce qui rendait le nom instable au redémarrage. Les noms
prédictibles de systemd (enp0s3, ens33) dérivent de la position
sur le bus PCI et ne bougent plus. Les interfaces sans fil apparaissent en
wlan0 ou wlp3s0. Ne codez jamais eth0 en dur dans un script sans
vérifier le nom réel de la machine cible.
La commande ip a affiche l'inventaire complet, interfaces et adresses
confondues :
ip a1: lo: <LOOPBACK,UP,LOWER_UP> mtu 65536 qdisc noqueue state UNKNOWN group default qlen 1000 link/loopback 00:00:00:00:00:00 brd 00:00:00:00:00:00 inet 127.0.0.1/8 scope host lo valid_lft forever preferred_lft forever inet6 ::1/128 scope host valid_lft forever preferred_lft forever2: eth0: <BROADCAST,MULTICAST,UP,LOWER_UP> mtu 1280 qdisc mq state UP group default qlen 1000 link/ether 00:15:5d:4f:bf:53 brd ff:ff:ff:ff:ff:ff altname enx00155d4fbf53 inet 172.19.104.109/20 brd 172.19.111.255 scope global eth0 valid_lft forever preferred_lft forever inet6 fe80::215:5dff:fe4f:bf53/64 scope link valid_lft forever preferred_lft foreverTrois informations comptent dans cette sortie. L'état UP signale que le
lien est actif ; une interface DOWN explique à elle seule une panne totale.
L'adresse inet donne l'IPv4 et son masque (/20 ici, soit
255.255.240.0). Le scope global indique une adresse routable, par
opposition au scope host de la boucle locale lo. Toutes les options de la
commande sont détaillées dans la leçon
ip.
Adresse, route et DNS
Section intitulée « Adresse, route et DNS »Une adresse seule ne suffit pas à joindre Internet. Il faut aussi une route
par défaut, que vous vérifiez avec ip r : la ligne default via doit
pointer vers la passerelle de votre sous-réseau. Il faut enfin une
résolution DNS fonctionnelle, sinon les adresses IP répondent mais aucun
nom de domaine ne se résout, ce qui produit le grand classique du « le réseau
marche mais rien ne marche ».
ip r # La route par défaut existe-t-elle ?ping -c 3 192.168.1.1 # La passerelle répond-elle ?dig +short debian.org # Le DNS résout-il un nom ?ss -tulpn # Quels services écoutent, sur quels ports ?Ces quatre commandes forment votre premier réflexe de diagnostic, dans cet
ordre. Si ip r ne montre aucune route default, inutile de chercher plus
loin côté DNS. Si ping passe sur l'IP mais que dig ne renvoie rien, le
problème est strictement DNS. La méthode complète, avec les cas où le
paquet part mais ne revient pas, est traitée dans
Diagnostiquer un problème réseau.
Statique ou DHCP : trancher avant de configurer
Section intitulée « Statique ou DHCP : trancher avant de configurer »Une interface reçoit ses paramètres soit automatiquement via DHCP (Dynamic Host Configuration Protocol), soit manuellement en statique. Ce choix n'est pas cosmétique : il conditionne la façon dont votre serveur est joignable, et donc la fiabilité de vos enregistrements DNS, de vos règles de filtrage et de vos accès SSH. Un serveur dont l'adresse change au gré des baux DHCP est un serveur qu'on finit par perdre.
| Cas d'usage | Recommandation |
|---|---|
| Serveur en production (web, DNS, base de données) | IP statique |
| Poste utilisateur, portable | DHCP |
| VM de test, environnement jetable | DHCP (statique si le service est exposé) |
| Machine accessible en SSH depuis l'extérieur | IP fixe |
En statique, vérifiez toujours que l'adresse choisie est exclue du pool DHCP ou réservée sur le serveur DHCP. Sans cette précaution, le serveur distribuera un jour la même adresse à une autre machine, et vous récolterez un conflit d'adresse intermittent, l'une des pannes les plus pénibles à diagnostiquer parce qu'elle n'apparaît qu'au renouvellement d'un bail.
Un seul outil de configuration par machine
Section intitulée « Un seul outil de configuration par machine »Il n'existe pas d'outil universel de configuration réseau sous Linux. Trois mécanismes se partagent le terrain, et la règle d'or est qu'un seul doit piloter une interface donnée. Faire cohabiter NetworkManager et systemd-networkd sur la même carte, c'est se garantir une configuration qui « revient toute seule » après un redémarrage.
systemd-networkd est le composant réseau de systemd. Déclaratif, léger,
sans dépendance graphique, il lit des fichiers .network et .netdev dans
/etc/systemd/network/. C'est le moteur qui applique réellement la
configuration sur un Ubuntu Server, même si vous ne l'écrivez jamais
directement.
Netplan est la surcouche YAML d'Ubuntu. Vous écrivez un fichier dans
/etc/netplan/, et Netplan génère la configuration pour le moteur
sous-jacent (networkd sur serveur, NetworkManager sur desktop). Un exemple
minimal d'IP statique :
network: version: 2 ethernets: eth0: addresses: - 192.168.1.10/24 routes: - to: default via: 192.168.1.1 nameservers: addresses: [1.1.1.1, 8.8.8.8]La route par défaut se déclare bien dans un bloc routes:. L'ancienne clé
gateway4: est dépréciée depuis Netplan 0.103 : elle fonctionne encore mais
déclenche un avertissement à chaque netplan apply, et elle finira par
disparaître. Si vous recopiez un tutoriel qui l'utilise, migrez-la. Les
permissions du fichier, le rollback automatique et les cas bond/VLAN sont
couverts dans
Configurer le réseau avec Netplan.
NetworkManager est le gestionnaire par défaut de RHEL et de ses dérivés,
ainsi que des postes de travail Fedora et Ubuntu Desktop. Il raisonne en
connexions (des profils nommés), pas en fichiers plats, et se pilote avec
nmcli en ligne de commande ou nmtui en interface texte. C'est aussi
l'outil attendu à l'examen RHCSA. La création de profils, l'IP statique et
la persistance après reboot sont détaillées dans
Configurer le réseau avec NetworkManager.
| Outil | Où vous le trouvez | Quand le préférer |
|---|---|---|
| systemd-networkd | Ubuntu Server, images cloud minimales | Serveurs, conteneurs, configuration scriptée |
| Netplan | Ubuntu (surcouche de networkd) | Toute machine Ubuntu récente |
| NetworkManager | RHEL, Rocky, Fedora, postes de travail | RHEL/RHCSA, Wi-Fi, VPN, profils multiples |
Appliquer un changement sans se couper le bras
Section intitulée « Appliquer un changement sans se couper le bras »C'est ici que beaucoup de tutoriels se trompent. La commande
systemctl restart networking n'est pas générique : le service
networking.service appartient à ifupdown, la pile historique de Debian
avec /etc/network/interfaces. Il n'existe pas sur une Ubuntu Server récente
(Netplan et systemd-networkd), ni sur RHEL (NetworkManager). La lancer sur ces
systèmes renvoie simplement Unit networking.service not found. La bonne
commande dépend de l'outil qui pilote l'interface.
| Distribution / pile | Appliquer la configuration |
|---|---|
| Ubuntu (Netplan) | sudo netplan apply |
| Ubuntu / images minimales (systemd-networkd seul) | sudo systemctl restart systemd-networkd |
| RHEL, Rocky, Fedora (NetworkManager) | sudo nmcli connection reload puis sudo nmcli connection up enp1s0 |
| RHEL, en dernier recours | sudo systemctl restart NetworkManager |
Debian avec ifupdown (/etc/network/interfaces) | sudo systemctl restart networking |
Sur RHEL, préférez nmcli connection up au redémarrage complet de
NetworkManager : recharger un profil ne touche qu'une interface, alors que
redémarrer le service réapplique tout, y compris ce que vous n'aviez pas
l'intention de changer. Sur Ubuntu, sudo netplan try applique la
configuration puis la rembobine automatiquement au bout de 120 secondes si
vous ne confirmez pas : c'est le filet de sécurité qui vous sauve quand vous
travaillez à distance en SSH sur la seule interface de la machine.
Ce que ce module ne couvre pas
Section intitulée « Ce que ce module ne couvre pas »Un module doit annoncer ses limites. Le parcours réseau s'arrête à la
configuration et au diagnostic de la connectivité : il ne comporte
aucune leçon sur le filtrage pare-feu, alors que ufw, firewalld et
nftables sont des compétences attendues au LFCS et au RHCSA. C'est un
manque assumé du parcours Linux à ce stade, pas un sujet couvert ailleurs dans
le module.
En attendant qu'une leçon dédiée rejoigne ce parcours, les guides de la section Sécuriser traitent le sujet de manière autonome : Introduction aux pare-feux sous Linux pour le modèle mental, UFW côté Ubuntu, Firewalld côté RHEL, et nftables pour le moteur qui se trouve dessous. Le bonding, les VLAN et le routage avancé ne sont pas non plus traités dans ce module.
À retenir
Section intitulée « À retenir »- Une connectivité repose sur quatre briques : interface
UP, adresse IP avec masque, route par défaut, résolution DNS. Diagnostiquez-les dans cet ordre. ip a,ip r,ping,digetss -tulpnsuffisent à cadrer 90 % des incidents avant d'ouvrir un fichier de configuration.- Statique pour les serveurs, DHCP pour les postes. Une IP statique doit toujours être exclue du pool DHCP, sinon conflit d'adresse garanti.
- Un seul outil pilote une interface :
systemd-networkd, Netplan ou NetworkManager. Les faire cohabiter produit des configurations qui reviennent après reboot. - En Netplan, la route par défaut s'écrit dans un bloc
routes:; la clégateway4:est dépréciée. systemctl restart networkingn'existe que sur Debian avec ifupdown. Sur Ubuntu, c'estnetplan apply; sur RHEL,nmcli connection up.- En SSH, une configuration réseau ratée vous coupe la session : utilisez
netplan tryou gardez une console de secours. - Le module ne traite pas le pare-feu :
ufw,firewalldetnftablesse travaillent dans la section Sécuriser.