Imaginez cette situation : vous êtes responsable d'un parc de serveurs Linux pour une entreprise de e-commerce. Un mardi matin, vous recevez une notification : une nouvelle CVE vient d'être publiée pour le noyau Linux. Score CVSS 9.1, élévation de privilèges, exploit public disponible.
Vous commencez à évaluer l'impact :
- Combien de serveurs sont concernés ? « Euh... il faut vérifier »
- Quelle version du noyau tourne en production ? « Ça dépend des serveurs »
- A-t-on un environnement de test pour valider le patch ? « Le staging est en retard de 6 mois sur la prod »
- Peut-on faire un rollback si le patch casse quelque chose ? « On n'a jamais testé »
Trois jours plus tard, après des nuits blanches, des tests improvisés et un déploiement stressant, vous avez patché 80% des serveurs. Les 20% restants ? « On verra la semaine prochaine, là on est trop fatigués. »
Vous venez de vivre un patch management de crise. Ce guide vous apprend à faire autrement.
Qu'est-ce que le patch management ?
Section intitulée « Qu'est-ce que le patch management ? »Un patch (correctif) est une modification publiée par un éditeur pour corriger un défaut d'un logiciel déjà installé, le plus souvent une faille de sécurité. Le patch management est l'organisation qui entoure ces correctifs : savoir qu'ils existent, décider lesquels appliquer en premier, les valider, les déployer et prouver qu'ils sont en place. La commande de mise à jour n'est qu'une étape de cette chaîne, et de loin la plus courte.
Au-delà de la simple mise à jour
Section intitulée « Au-delà de la simple mise à jour »Le patch management ne se limite pas à exécuter apt upgrade. C'est un
processus complet qui va de la veille sur les vulnérabilités jusqu'à la
vérification post-déploiement, en passant par l'évaluation des risques et la
planification.
| Composant | Ce qu'il couvre |
|---|---|
| Veille | Suivre les annonces CVE, bulletins éditeurs, advisories |
| Inventaire | Savoir ce qui tourne, où, dans quelle version |
| Évaluation | Prioriser selon la criticité et l'exposition |
| Test | Valider que le patch ne casse rien |
| Déploiement | Appliquer de façon contrôlée |
| Vérification | S'assurer que tout fonctionne après |
| Documentation | Garder une trace pour l'audit |
Les types de correctifs
Section intitulée « Les types de correctifs »Tous les patchs ne se valent pas. Comprendre leur nature aide à prioriser.
| Type | Urgence | Exemples |
|---|---|---|
| Sécurité critique | Immédiate | CVE avec exploit public, CVSS ≥ 9.0 |
| Sécurité haute | Sous 7 jours | CVE sans exploit, CVSS 7.0-8.9 |
| Sécurité moyenne | Sous 30 jours | CVE difficile à exploiter, CVSS 4.0-6.9 |
| Fonctionnel | Planifié | Bug fixes, améliorations |
| Performance | Planifié | Optimisations |
Pourquoi c'est difficile (et pourquoi c'est critique)
Section intitulée « Pourquoi c'est difficile (et pourquoi c'est critique) »Si patcher se résumait à une commande, aucun parc ne serait en retard. La difficulté est organisationnelle : le correctif arrive à un moment que vous n'avez pas choisi, il touche des serveurs dont la disponibilité est engagée auprès de métiers, et il peut casser une application dont personne ne connaît plus les dépendances. Les trois sections qui suivent posent le compromis à arbitrer, les chiffres qui montrent le coût de l'attentisme, et les obstacles concrets à lever.
Le dilemme du patch management
Section intitulée « Le dilemme du patch management »Patcher vite expose à des risques de régression. Patcher tard expose à des risques de compromission. C'est un équilibre constant.
| Patcher trop vite | Patcher trop tard |
|---|---|
| Régression applicative | Vulnérabilité exploitée |
| Downtime non planifié | Compromission système |
| Perte de confiance utilisateurs | Perte de données |
| Stress de l'équipe | Amende RGPD/conformité |
Les chiffres qui font mal
Section intitulée « Les chiffres qui font mal »Ces ordres de grandeur, issus des rapports annuels du secteur, disent tous la même chose : l'attaquant n'a pas besoin d'une faille inédite. Il exploite des vulnérabilités publiques, pour lesquelles un correctif est déjà disponible, sur des systèmes qui ne l'ont pas encore appliqué. L'écart entre le délai d'armement d'un exploit et le délai réel de déploiement d'un patch définit votre fenêtre d'exposition.
- 60% des breaches impliquent une vulnérabilité connue pour laquelle un patch existait (Verizon DBIR)
- 12 jours : temps médian entre la publication d'un exploit et sa première utilisation dans une attaque
- 103 jours : temps moyen pour patcher une vulnérabilité critique dans une grande entreprise
La fenêtre d'exposition est réelle. Chaque jour sans patch est un jour de risque.
Ce qui complique les choses
Section intitulée « Ce qui complique les choses »Aucun de ces obstacles n'est technique au sens strict, et c'est ce qui les rend tenaces. Ils se traitent en amont, quand rien ne brûle : un inventaire fiable, un environnement de préproduction représentatif, des fenêtres de maintenance négociées à l'avance. Reporter ce travail revient à devoir l'improviser le jour où un correctif critique tombe.
| Obstacle | Impact | Solution |
|---|---|---|
| Inventaire incomplet | On ne sait pas quoi patcher | CMDB à jour, scans réguliers |
| Environnement de test absent | On n'ose pas patcher | Investir dans le staging |
| Fenêtres de maintenance rares | Les patchs s'accumulent | Négocier des fenêtres plus fréquentes |
| Dépendances applicatives | Peur de casser l'application | Tests automatisés, canary |
| Legacy non supporté | Pas de patch disponible | Isolation, compensating controls |
Le cycle de gestion des patchs
Section intitulée « Le cycle de gestion des patchs »Un bon processus de patch management suit un cycle régulier et prévisible.
Étape 1 : Surveiller, La veille continue
Section intitulée « Étape 1 : Surveiller, La veille continue »Ne pas attendre que les patchs vous tombent dessus. Mettez en place une veille proactive.
Abonnez-vous aux canaux officiels de vos éditeurs :
| Distribution | Source |
|---|---|
| RHEL/CentOS | Red Hat Security Advisories (RHSA) |
| Ubuntu | Ubuntu Security Notices (USN) |
| Debian | Debian Security Advisories (DSA) |
| SUSE | SUSE Security Advisories |
Ces bulletins contiennent les informations de criticité, les versions affectées et les correctifs disponibles.
Pour une vue d'ensemble :
- NVD (National Vulnerability Database) : base de référence
- CVE (Common Vulnerabilities and Exposures) : identifiants uniques
- CVSS (Common Vulnerability Scoring System) : scores de criticité
Outils pour automatiser :
# Vérifier les CVE sur vos packages installés# Red Hat / CentOSyum updateinfo list security
# Ubuntu / Debianapt list --upgradable 2>/dev/null | grep -i securityDes outils scannent automatiquement vos systèmes :
| Outil | Type | Ce qu'il fait |
|---|---|---|
| OpenSCAP | Open source | Scan de conformité et vulnérabilités |
| Trivy | Open source | Scan de vulnérabilités (conteneurs aussi) |
| Nessus | Commercial | Scanner de vulnérabilités complet |
| Qualys | Commercial | Plateforme de gestion des vulnérabilités |
| Lynis | Open source | Audit de sécurité Linux |
Exemple avec Trivy :
# Scanner un serveur pour les vulnérabilitéstrivy rootfs --severity HIGH,CRITICAL /Étape 2 : Évaluer, Prioriser intelligemment
Section intitulée « Étape 2 : Évaluer, Prioriser intelligemment »Tous les patchs ne méritent pas la même urgence. Utilisez une matrice de priorisation.
Critères d'évaluation :
| Critère | Questions à poser |
|---|---|
| CVSS | Quel est le score ? ≥ 9.0 = critique |
| Exposition | Le service est-il accessible depuis Internet ? |
| Exploit | Un exploit public existe-t-il ? |
| Impact | Que se passe-t-il si la vulnérabilité est exploitée ? |
| Compensations | Y a-t-il des mesures d'atténuation en place ? |
Exemple de priorisation :
CVE-2024-XXXX : OpenSSL RCE├── CVSS : 9.8 (Critique)├── Exposition : Serveurs web publics → HAUTE├── Exploit : POC public disponible → URGENCE├── Impact : Exécution de code arbitraire└── DÉCISION : Patch sous 24hÉtape 3 : Tester, Valider avant de déployer
Section intitulée « Étape 3 : Tester, Valider avant de déployer »Ne jamais patcher en production sans test préalable. Jamais.
-
Environnement de test
Maintenez un environnement staging qui reflète la production. Même OS, mêmes versions, mêmes configurations.
-
Appliquer le patch en staging
Fenêtre de terminal # Snapshot avant patch (si VM)virsh snapshot-create-as serveur-staging pre-patch# Appliquer le patchapt update && apt upgrade -y paquet-concerné# Redémarrer si nécessaireneedrestart -r a -
Tests de validation
- L'application démarre-t-elle ?
- Les services répondent-ils ?
- Les tests automatisés passent-ils ?
- Les performances sont-elles stables ?
-
Période d'observation
Laissez tourner quelques heures (ou jours selon l'urgence) avant de valider pour la production.
Étape 4 : Planifier, Communiquer et coordonner
Section intitulée « Étape 4 : Planifier, Communiquer et coordonner »Un patch non communiqué est un risque d'incident.
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Fenêtre | Date, heure de début, durée estimée |
| Périmètre | Serveurs concernés, services impactés |
| Risques | Possibilité de downtime, rollback prévu |
| Responsables | Qui déploie, qui valide, qui est de garde |
| Communication | Qui prévenir, par quel canal |
Template de notification :
MAINTENANCE PLANIFIÉE - Patch sécurité OpenSSL
Date : Samedi 15/02/2025 de 02h00 à 04h00Serveurs : web-prod-01 à web-prod-10Impact : Interruption possible de 5 minutes par serveurRollback : Snapshot pré-patch, temps estimé 10 minutes
Responsable : équipe-ops@example.comEscalation : astreinte-n1@example.comÉtape 5 : Déployer, De façon contrôlée
Section intitulée « Étape 5 : Déployer, De façon contrôlée »Plusieurs stratégies de déploiement existent. Choisissez selon le risque.
Commencez par un petit groupe de serveurs, observez, puis élargissez.
# Phase 1 : 10% des serveurs (canary)ansible-playbook patch.yml -l canary_group
# Observation pendant 2h...
# Phase 2 : 50% des serveursansible-playbook patch.yml -l group_a
# Observation pendant 4h...
# Phase 3 : reste des serveursansible-playbook patch.yml -l group_bAvantage : si problème, seul un petit groupe est impacté.
Patcher les serveurs un par un, en maintenant le service disponible.
# Avec Ansibleansible-playbook patch.yml --serial 1
# Ou avec un load balancerfor server in $(cat servers.txt); do echo "Patching $server..." # Retirer du LB lb-ctl remove $server # Patcher ssh $server "apt update && apt upgrade -y" # Valider ssh $server "systemctl status application" # Remettre dans le LB lb-ctl add $serverdoneAvantage : zéro downtime si bien orchestré.
Préparer un environnement patché complet, puis basculer le trafic.
- Environnement Blue (actuel) : reçoit le trafic
- Environnement Green (nouveau) : patché et validé
- Bascule du trafic vers Green
- Blue devient le rollback
Avantage : rollback instantané (rebascule vers Blue).
Étape 6 : Vérifier, S'assurer que tout fonctionne
Section intitulée « Étape 6 : Vérifier, S'assurer que tout fonctionne »Le déploiement n'est pas terminé tant que la vérification n'est pas faite.
# Vérifier que le patch est appliquédpkg -l | grep paquet-concernérpm -qa | grep paquet-concerné
# Vérifier que les services tournentsystemctl status service-critique
# Vérifier les logs d'erreurjournalctl -p err -n 50 --no-pager
# Tester l'applicationcurl -I https://mon-service.example.com/healthChecklist post-déploiement :
- Version du package correcte
- Services démarrés et healthy
- Pas d'erreurs dans les logs
- Monitoring vert
- Tests applicatifs OK
- Performance stable
Étape 7 : Documenter, Pour l'audit et l'historique
Section intitulée « Étape 7 : Documenter, Pour l'audit et l'historique »Chaque patch appliqué doit être tracé.
| Information | Exemple |
|---|---|
| Date/heure | 2025-02-15 02:15 UTC |
| CVE/Advisory | CVE-2024-XXXX, RHSA-2025:0123 |
| Serveurs | web-prod-01 à web-prod-10 |
| Version avant | openssl-1.1.1k-1 |
| Version après | openssl-1.1.1k-2 |
| Responsable | alice@ops |
| Résultat | Succès, aucun rollback |
| Observations | RAS |
Cette documentation sert pour :
- Les audits de conformité (PCI-DSS, ISO 27001)
- L'analyse post-incident
- La planification future
Automatisation du patch management
Section intitulée « Automatisation du patch management »Passé une dizaine de serveurs, la connexion manuelle machine par machine devient la première cause de retard et d'oubli. L'automatisation ne consiste pas à tout patcher sans contrôle : elle industrialise les étapes répétitives, la collecte de l'inventaire, l'application du correctif, le redémarrage conditionnel et la vérification post-déploiement, tout en gardant la décision humaine sur le déclenchement.
Outils d'automatisation par écosystème
Section intitulée « Outils d'automatisation par écosystème »Deux familles cohabitent. Les outils sans agent comme Ansible se connectent en SSH au moment où vous le décidez, sans rien installer sur les serveurs. Les plateformes à agent comme Satellite ou Landscape maintiennent un état permanent et publient des rapports de conformité en continu. Le choix dépend moins des fonctionnalités que de votre capacité à exploiter un composant supplémentaire sur chaque machine.
| Outil | Environnement | Capacités |
|---|---|---|
| Ansible | Tout Linux | Playbooks de patch, rolling updates |
| Puppet | Tout Linux | Gestion de configuration + patch |
| Satellite | RHEL | Gestion complète du cycle de vie |
| Landscape | Ubuntu | Gestion centralisée des patchs |
| WSUS | Windows | Mise à jour centralisée |
| Spacewalk | Multi-distro | Alternative open source à Satellite |
Exemple de playbook Ansible
Section intitulée « Exemple de playbook Ansible »Ce playbook traduit en code les étapes de déploiement décrites plus haut. Trois éléments méritent l'attention : serial limite le nombre de serveurs traités simultanément, ce qui produit un déploiement progressif au lieu d'un traitement massif ; les pre_tasks créent le point de retour et sortent la machine du répartiteur de charge avant toute modification ; le fichier /var/run/reboot-required, créé par Debian et Ubuntu, déclenche le redémarrage uniquement quand il est réellement nécessaire. Les post_tasks ne remettent le serveur en service qu'après vérification des services critiques.
---- name: Patch sécurité - Déploiement contrôlé hosts: production serial: "{{ serial_count | default(1) }}" become: yes
pre_tasks: - name: Créer snapshot (si VM) community.vmware.vmware_guest_snapshot: name: "pre-patch-{{ ansible_date_time.date }}" state: present delegate_to: localhost when: is_vm | default(false)
- name: Retirer du load balancer community.general.haproxy: state: disabled backend: "{{ lb_backend }}" host: "{{ inventory_hostname }}" delegate_to: "{{ lb_host }}" when: lb_backend is defined
tasks: - name: Mettre à jour le cache des packages apt: update_cache: yes when: ansible_os_family == "Debian"
- name: Appliquer les patchs de sécurité apt: upgrade: safe update_cache: no register: patch_result when: ansible_os_family == "Debian"
- name: Vérifier si redémarrage nécessaire stat: path: /var/run/reboot-required register: reboot_required
- name: Redémarrer si nécessaire reboot: reboot_timeout: 300 when: reboot_required.stat.exists
post_tasks: - name: Vérifier les services critiques service: name: "{{ item }}" state: started loop: "{{ critical_services | default(['sshd']) }}"
- name: Test de santé applicatif uri: url: "{{ health_check_url }}" status_code: 200 when: health_check_url is defined
- name: Remettre dans le load balancer community.general.haproxy: state: enabled backend: "{{ lb_backend }}" host: "{{ inventory_hostname }}" delegate_to: "{{ lb_host }}" when: lb_backend is definedMises à jour automatiques : oui ou non ?
Section intitulée « Mises à jour automatiques : oui ou non ? »La mise à jour entièrement automatique supprime le délai de réaction, mais aussi la possibilité de tester. Le compromis praticable consiste à la réserver aux dépôts de sécurité et à exclure les composants dont une régression serait bloquante, typiquement le noyau et les moteurs de bases de données. Ces deux-là restent traités manuellement, avec fenêtre planifiée et point de retour.
| Automatique sans validation | Automatique avec validation |
|---|---|
| ❌ Production critique | ✅ Environnements de dev |
| ❌ Applications sensibles | ✅ Serveurs non critiques |
| ❌ Systèmes réglementés | ✅ Avec rollback automatique |
Configuration prudente avec unattended-upgrades (Ubuntu) :
Unattended-Upgrade::Allowed-Origins { "${distro_id}:${distro_codename}-security"; // Pas les mises à jour standards};
Unattended-Upgrade::Package-Blacklist { "linux-"; // Pas de mise à jour kernel automatique "mysql-"; // Pas de mise à jour BDD automatique};
Unattended-Upgrade::Mail "admin@example.com";Unattended-Upgrade::MailReport "on-change";
// Redémarrage automatique seulement si nécessaire, à 3h du matinUnattended-Upgrade::Automatic-Reboot "true";Unattended-Upgrade::Automatic-Reboot-Time "03:00";Anti-patterns et bonnes pratiques
Section intitulée « Anti-patterns et bonnes pratiques »Les incidents liés aux correctifs se répètent d'une organisation à l'autre avec une constance remarquable. Les reconnaître à l'avance coûte moins cher que de les vivre : la plupart viennent d'un raccourci pris sous la pression du calendrier, pas d'une méconnaissance technique.
Les 10 erreurs les plus courantes
Section intitulée « Les 10 erreurs les plus courantes »Un anti-pattern est une pratique répandue parce qu'elle paraît efficace à court terme, alors qu'elle aggrave le problème qu'elle prétend régler. Repérez dans ce tableau ceux qui décrivent votre organisation actuelle : ils indiquent l'ordre dans lequel investir. Le dernier, la recherche de responsable après incident, conditionne tous les autres, car une équipe qui craint la sanction cesse de remonter les problèmes.
| Anti-pattern | Pourquoi c'est dangereux | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Patcher en prod sans tester | Risque de régression | Toujours tester en staging |
| Ignorer les patchs « pas critiques » | Ils s'accumulent | Fenêtres régulières pour tous |
| Pas de rollback prévu | Coincé si problème | Snapshot ou blue-green |
| Patch le vendredi soir | Personne pour réagir | Patch en début de semaine |
| Inventaire manuel | Toujours obsolète | Automatiser avec CMDB/scans |
| Attendre la « fenêtre parfaite » | Elle n'existe pas | Négocier des fenêtres régulières |
| Tout patcher d'un coup | Blast radius maximum | Déploiement progressif |
| Oublier de documenter | Audit impossible | Documentation automatique |
| Ne pas monitorer après | Problèmes non détectés | Surveillance renforcée 24h |
| Blâmer si incident | Équipe qui cache les problèmes | Culture blameless |
Le cas particulier des systèmes legacy
Section intitulée « Le cas particulier des systèmes legacy »Certains systèmes ne peuvent pas être patchés (fin de support, contraintes métier). Que faire ?
-
Isoler
Placez le système dans un VLAN dédié avec des règles firewall strictes. Limitez les flux au strict nécessaire.
-
Durcir
Appliquez toutes les mesures de sécurité possibles : désactivation des services inutiles, configuration restrictive.
-
Surveiller
Monitoring renforcé : détection d'intrusion (HIDS), analyse des logs, alertes sur comportements anormaux.
-
Planifier le remplacement
Un système legacy est une bombe à retardement. Documentez le plan de migration et obtenez un budget.
-
Accepter le risque formellement
Si le système reste, faites valider le risque par la direction. Par écrit.
Métriques de patch management
Section intitulée « Métriques de patch management »Sans mesure, la question « sommes-nous à jour ? » n'a pas de réponse vérifiable, et le sujet retombe au premier arbitrage de priorité. Quelques indicateurs suffisent, à condition qu'ils soient produits automatiquement à partir de l'inventaire et non ressaisis à la main.
KPIs à suivre
Section intitulée « KPIs à suivre »Un KPI (indicateur clé de performance) n'a d'intérêt que si un objectif chiffré lui est associé et qu'un écart déclenche une action. Le MTTP est le plus parlant des cinq : il mesure le temps réel entre la publication d'une vulnérabilité et son traitement sur votre parc, donc la durée pendant laquelle vous êtes attaquable. Le taux de rollback, lui, contrôle la qualité de vos tests : un taux qui grimpe signale une préproduction qui ne ressemble plus à la production.
| Métrique | Ce qu'elle mesure | Objectif |
|---|---|---|
| MTTP (Mean Time To Patch) | Délai entre publication CVE et patch appliqué | Critique < 72h, Haute < 7j |
| Taux de couverture | % de systèmes à jour | > 95% |
| Patchs en retard | Nombre de patchs non appliqués dans les délais | 0 |
| Taux de rollback | % de patchs nécessitant un retour arrière | < 5% |
| Incidents liés au patch | Nombre d'incidents causés par un patch | 0 idéalement |
Dashboard de suivi
Section intitulée « Dashboard de suivi »Ces indicateurs se lisent ensemble, pas isolément. Un taux de couverture élevé accompagné de correctifs critiques en attente signale un parc à jour sur l'accessoire et en retard sur l'essentiel. À l'inverse, un MTTP court associé à beaucoup de retours arrière révèle un déploiement précipité. Le tableau de bord sert d'abord à repérer ces contradictions, ensuite à communiquer vers la direction.
Checklists opérationnelles
Section intitulée « Checklists opérationnelles »Les deux listes suivantes se parcourent au moment de l'opération, y compris en urgence. Leur intérêt n'est pas de rappeler ce que vous savez déjà, mais d'empêcher qu'une étape saute sous la pression : c'est presque toujours le point de retour ou la communication qui passent à la trappe quand le correctif est annoncé comme critique.
Checklist « Avant de patcher »
Section intitulée « Checklist « Avant de patcher » »Les six points se valident dans l'ordre : chacun conditionne le suivant, et le déploiement ne démarre que si tous sont cochés.
-
Inventaire vérifié
Je sais exactement quels serveurs sont concernés par ce patch.
-
Criticité évaluée
J'ai analysé le CVSS, l'exposition et l'existence d'exploits.
-
Test réalisé
Le patch a été validé en staging sans régression.
-
Rollback préparé
Snapshot créé, procédure de rollback documentée et testée.
-
Fenêtre planifiée
Date communiquée, équipes informées, astreinte prévenue.
-
Monitoring prêt
Dashboards ouverts, alertes configurées pour la période post-patch.
Checklist « Après le patch »
Section intitulée « Checklist « Après le patch » »L'opération n'est pas terminée quand la commande de mise à jour se termine sans erreur. Une régression se manifeste rarement dans la minute qui suit : elle apparaît au premier pic de charge, au premier redémarrage de service, ou lors d'un traitement planifié la nuit. D'où la période d'observation en dernier point, qui n'est pas une formalité.
-
Patch appliqué confirmé
Version vérifiée sur tous les serveurs concernés.
-
Services fonctionnels
Tous les services critiques démarrés et en bonne santé.
-
Tests passés
Tests automatisés et manuels validés.
-
Monitoring vert
Pas d'alerte, métriques stables.
-
Documentation mise à jour
Ticket fermé, CMDB à jour, rapport d'exécution enregistré.
-
Période d'observation
Surveillance renforcée pendant 24-48h.
À retenir
Section intitulée « À retenir »-
Patcher est un processus, pas un événement
La veille, l'évaluation, le test, le déploiement et la vérification forment un cycle continu. Ne sautez aucune étape.
-
Priorisez par le risque réel
CVSS seul ne suffit pas. Combinez criticité, exposition et existence d'exploits pour décider de l'urgence.
-
Testez toujours avant la production
Un environnement de staging qui reflète la prod est un investissement, pas un luxe. Il vous sauvera.
-
Préparez le rollback avant de patcher
La question n'est pas « si » un patch causera un problème, mais « quand ». Soyez prêt.
-
Automatisez ce qui peut l'être
Veille, inventaire, déploiement, vérification. L'automatisation réduit les erreurs et accélère le cycle.
-
Documentez pour l'audit et pour vous
Chaque patch appliqué doit être tracé. Votre futur vous (ou l'auditeur) vous remerciera.
-
Mesurez pour progresser
MTTP, taux de couverture, incidents. Ce qui se mesure s'améliore.
Liens utiles
Section intitulée « Liens utiles »Ces guides complètent votre stratégie de patch management :
- Baselines et dérive de configuration, Éviter que les patchs créent de la dérive
- Runbooks, Documenter les procédures de patch
Références externes
Section intitulée « Références externes »Ces documents servent à deux choses : justifier vos délais de traitement auprès d'un auditeur, et alimenter la veille au quotidien. Les premiers définissent ce qu'un processus de correctifs doit contenir, les derniers publient les vulnérabilités elles-mêmes.
Standards et frameworks
Section intitulée « Standards et frameworks »Ces référentiels sont ceux que citent les auditeurs de conformité ; le NIST SP 800-40 est le plus détaillé sur le processus lui-même.
- NIST SP 800-40, Guide to Enterprise Patch Management Planning
- CIS Controls, Control 7 : Continuous Vulnerability Management
- ISO 27001, Annexe A.12.6 : Technical Vulnerability Management
- PCI-DSS, Requirement 6.2 : Patching
Guides pratiques
Section intitulée « Guides pratiques »Documentation opérationnelle, à consulter selon la distribution que vous exploitez plutôt que dans l'ordre.
- Red Hat Patch Management Guide, Documentation Satellite
- Ubuntu Security Guide, USN et bonnes pratiques
- SANS Patch Management, Best Practices for Patch Management
Bases de données de vulnérabilités
Section intitulée « Bases de données de vulnérabilités »Sources primaires à interroger avec un identifiant CVE ; le calculateur CVSS permet de recalculer un score en tenant compte de votre contexte d'exposition, souvent différent du score publié.
- NVD, National Vulnerability Database
- CVE, Common Vulnerabilities and Exposures
- CVSS Calculator, Calcul de score CVSS