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Rolling Updates et Rollbacks Kubernetes : mises à jour progressives

65 min de lecture

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Comment mettre à jour une application en production avec un risque d'interruption minimal ? Kubernetes propose les rolling updates : vos nouveaux Pods démarrent progressivement pendant que les anciens sont supprimés. Si quelque chose se passe mal, un rollback déclenche un nouveau déploiement vers une révision précédente.

Ce guide vous montre comment configurer des mises à jour progressives fiables et revenir en arrière si nécessaire.

Prérequis : Deployments Kubernetes et kubectl configuré.

  • Déclencher une rolling update avec kubectl set image ou en modifiant le manifeste
  • Suivre la progression avec kubectl rollout status
  • Configurer la stratégie de déploiement (maxSurge, maxUnavailable)
  • Détecter un rollout bloqué avec progressDeadlineSeconds
  • Effectuer un rollback vers une version précédente
  • Consulter et annoter l'historique des révisions

Un Deployment ne pilote pas directement les Pods : il crée un ReplicaSet, l'objet qui maintient un nombre donné de copies identiques. Une mise à jour ne modifie donc jamais les Pods existants, elle fait cohabiter deux ReplicaSets le temps du basculement. Le contrôleur ajuste le compteur de réplicas de chacun jusqu'à ce que l'ancien tombe à zéro.

Quand vous modifiez le Pod template (.spec.template) d'un Deployment, Kubernetes :

  1. Crée un nouveau ReplicaSet pour la nouvelle version
  2. Augmente progressivement le nouveau ReplicaSet
  3. Attend que les nouveaux Pods deviennent Ready, puis Available (si minReadySeconds est défini)
  4. Réduit l'ancien ReplicaSet au fur et à mesure
  5. Considère le rollout complet quand toutes les nouvelles réplicas sont disponibles et qu'aucune ancienne ne tourne

Deux mots de l'étape 3 méritent d'être distingués, car le rollout ne reprend pas au même moment selon celui qui s'applique. Un Pod Ready répond positivement à sa readinessProbe. Un Pod Available est Ready depuis au moins minReadySeconds. Sans minReadySeconds, les deux coïncident ; avec, vous vous donnez une marge d'observation avant de considérer le Pod comme bon, et le remplacement du suivant attend d'autant.

Ce qui déclenche un rollout, et ce qui n'en déclenche pas

Section intitulée « Ce qui déclenche un rollout, et ce qui n'en déclenche pas »

Retenez une règle unique, dont tout le reste découle : seules les modifications du Pod template (.spec.template) créent une nouvelle révision. Un kubectl scale n'en crée aucune, il ajuste le compteur de réplicas du ReplicaSet courant. Changer replicas, progressDeadlineSeconds ou revisionHistoryLimit ne déclenche donc rien : ces champs vivent en dehors du template.

Cette règle explique une commande qui semble faire exception, kubectl rollout restart. Elle redéploie tous les Pods sans qu'aucune image ne change, ce qui paraît contredire le principe.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout restart deployment/mon-app
Sortie
deployment.apps/mon-app restarted

Il n'y a pourtant aucune exception. La commande écrit une annotation horodatée dans le Pod template, ce que vous pouvez constater :

Fenêtre de terminal
kubectl get deployment mon-app -o jsonpath='{.spec.template.metadata.annotations}'
Sortie
{"kubectl.kubernetes.io/restartedAt":"2026-09-14T11:19:32+02:00"}

Le template a changé, donc une nouvelle révision est créée et un rollout progressif démarre, avec vos maxSurge et maxUnavailable habituels. C'est la commande à connaître pour recharger une configuration injectée en variables d'environnement, qui ne se rafraîchit jamais autrement, ou pour relancer une application coincée sans supprimer de Pod à la main.

Trois façons d'obtenir le même résultat, qui diffèrent par ce qu'elles laissent derrière elles. Les deux méthodes impératives (set image et edit) modifient l'objet dans le cluster sans toucher à vos fichiers : votre dépôt Git ne reflète plus la réalité tant que vous ne l'avez pas mis à jour. La méthode déclarative reste la seule cohérente avec une gestion en GitOps.

La façon la plus rapide de mettre à jour l'image :

Fenêtre de terminal
kubectl set image deployment/mon-app conteneur=image:nouvelle-version

Exemple :

Fenêtre de terminal
kubectl set image deployment/nginx-rolling nginx=nginx:1.27.4

Le saut de version choisi ici n'est pas décoratif. CVE-2025-23419 touche la réutilisation de session TLS de nginx, et l'avis publié sur nginx.org tient en deux lignes :

nginx.org/en/security_advisories.html
Vulnerable: 1.11.4-1.27.3
Not vulnerable: 1.27.4+, 1.26.3+

La seconde ligne dit l'essentiel pour qui planifie une mise à jour. Le correctif existe en 1.27.4 sur la branche courante, mais aussi en 1.26.3 sur la branche stable précédente : l'éditeur rétroporte. Vous n'êtes donc pas forcé de changer de branche pour vous corriger, un saut de patch suffit, ce qui change beaucoup la discussion avec une équipe réticente à bouger.

C'est la seule méthode qui laisse une trace exploitable. Le commentaire documente le saut de version pour la revue de code, et le diff Git vous donne l'historique que rollout history ne conserve que partiellement. Changez l'image dans votre fichier YAML :

deployment.yaml
spec:
template:
spec:
containers:
- name: nginx
image: nginx:1.27.4@sha256:09369da6b10306312cd908661320086bf87fbae1b6b0c49a1f50ba531fef2eab # anciennement 1.27.3

Puis appliquez :

Fenêtre de terminal
kubectl apply -f deployment.yaml

kubectl edit ouvre le manifeste courant dans l'éditeur défini par la variable KUBE_EDITOR ou EDITOR, et applique la modification à l'enregistrement du fichier.

Fenêtre de terminal
kubectl edit deployment/mon-app

Modifiez l'image dans l'éditeur qui s'ouvre, puis sauvegardez.

Trois niveaux d'observation répondent à trois questions différentes : le rollout avance-t-il, quels Pods sont concernés, et où en sont les deux ReplicaSets. Commencez par le premier, descendez aux suivants seulement si quelque chose bloque.

La commande reste attachée au terminal et affiche une ligne à chaque progression, jusqu'à la fin du rollout ou son échec :

Fenêtre de terminal
kubectl rollout status deployment/nginx-rolling

Sortie :

Waiting for deployment "nginx-rolling" rollout to finish: 1 out of 3 new replicas have been updated...
Waiting for deployment "nginx-rolling" rollout to finish: 2 out of 3 new replicas have been updated...
Waiting for deployment "nginx-rolling" rollout to finish: 1 old replicas are pending termination...
deployment "nginx-rolling" successfully rolled out

La bascule entre les deux formulations est le moment intéressant : tant que la ligne parle de new replicas, Kubernetes crée ; quand elle passe à old replicas are pending termination, tous les nouveaux Pods sont prêts et il ne reste qu'à retirer les anciens.

L'option -w laisse la commande ouverte et affiche une ligne à chaque changement d'état : c'est ce qui rend le remplacement visible en direct.

Fenêtre de terminal
kubectl get pods -l app=nginx-rolling -w

Vous verrez les nouveaux Pods apparaître (ContainerCreatingRunning) et les anciens disparaître (Terminating).

C'est la vue la plus parlante d'un rollout : chaque révision correspond à un ReplicaSet distinct, et la colonne DESIRED montre où en est le transfert de réplicas de l'un vers l'autre.

Fenêtre de terminal
kubectl get rs -l app=nginx-rolling

Sortie :

NAME DESIRED CURRENT READY AGE
nginx-rolling-5fd47c9ffd 3 3 3 2s # Nouveau
nginx-rolling-65c7697fff 0 0 0 5s # Ancien

L'ancien ReplicaSet reste à DESIRED=0 pour permettre un rollback : c'est lui qui porte le Pod template de la version précédente. Ne vous fiez pas à l'ordre d'affichage, kubectl trie par nom, donc par empreinte du template, pas par ancienneté. La colonne AGE et la valeur DESIRED sont les deux seules qui disent qui est qui.

Le rythme se règle dans .spec.strategy, et l'arbitrage est toujours le même : plus vous acceptez de Pods indisponibles, plus la mise à jour est rapide ; plus vous exigez de disponibilité, plus il faut de ressources libres. Deux paramètres décrivent ce compromis, complétés par deux garde-fous temporels.

Ce manifeste regroupe les quatre réglages qui gouvernent un rollout, avec la readinessProbe sans laquelle aucun d'eux n'a de sens :

deployment-strategy.yaml
apiVersion: apps/v1
kind: Deployment
metadata:
name: nginx-rolling
spec:
replicas: 4
strategy:
type: RollingUpdate
rollingUpdate:
maxSurge: 1 # Combien de Pods en plus pendant l'update
maxUnavailable: 1 # Combien de Pods peuvent être indisponibles
progressDeadlineSeconds: 600 # Timeout pour détecter un rollout bloqué
minReadySeconds: 10 # Attendre 10s après Ready avant de continuer
selector:
matchLabels:
app: nginx-rolling
template:
metadata:
labels:
app: nginx-rolling
spec:
containers:
- name: nginx
image: nginx:1.27.3@sha256:bc2f6a7c8ddbccf55bdb19659ce3b0a92ca6559e86d42677a5a02ef6bda2fcef
readinessProbe:
httpGet:
path: /
port: 80
initialDelaySeconds: 5
periodSeconds: 3

Ces deux valeurs s'expriment en nombre entier de Pods ou en pourcentage du champ replicas. maxSurge est arrondi à l'entier supérieur, maxUnavailable à l'entier inférieur. Si vous ne les précisez pas, Kubernetes retient 25 % pour les deux : sur les 4 réplicas du manifeste ci-dessus, cela autorise 1 Pod en surplus et 1 Pod indisponible.

Ces deux arrondis vont dans le même sens, celui de la prudence, et cela se voit. Avec 3 réplicas et 10 % pour les deux, le calcul donne maxSurge = ceil(0,3) = 1 et maxUnavailable = floor(0,3) = 0. Autrement dit, Kubernetes s'autorise un Pod de plus mais aucun de moins :

Fenêtre de terminal
kubectl get deployment arr -w
Sortie pendant le rollout
NAME READY UP-TO-DATE AVAILABLE
arr 3/3 1 3
arr 4/3 1 3
arr 3/3 2 3
arr 4/3 2 3
arr 3/3 3 3

La colonne READY passe à 4/3 à chaque étape, le temps qu'un nouveau Pod devienne prêt avant qu'un ancien parte, et AVAILABLE ne descend jamais sous 3. Attention à la lecture de describe, qui affiche 10% max unavailable, 10% max surge sans jamais montrer le résultat de l'arrondi : seul le comportement le révèle.

Elles ne peuvent pas valoir zéro toutes les deux : le rollout n'aurait alors aucun moyen de progresser, et le serveur d'API refuse le manifeste avant même de le créer.

The Deployment "nginx-zero" is invalid: spec.strategy.rollingUpdate.maxUnavailable:
Invalid value: 0: may not be 0 when `maxSurge` is 0
ParamètreValeur par défautDescription
maxSurge25%Nombre de Pods supplémentaires créés pendant l'update (au-delà de replicas)
maxUnavailable25%Nombre maximal de Pods pouvant être indisponibles pendant l'update

maxUnavailable contrôle combien de Pods peuvent être indisponibles (pas juste "non-Running"). Un Pod peut être Running sans être Ready ni Available, c'est la disponibilité qui compte, pas l'état Running.

ValeurEffet
maxUnavailable: 11 Pod peut être indisponible pendant l'update
maxUnavailable: 25%25% des Pods peuvent être indisponibles (arrondi à l'inférieur)
maxUnavailable: 0Aucun Pod ne doit devenir indisponible, rollout plus prudent mais plus lent

Deux réglages opposés, à choisir selon ce que vous pouvez sacrifier. Le premier remplace la moitié de la flotte d'un coup et convient à une recette ; le second ne retire jamais un Pod avant d'en avoir un prêt, au prix d'une capacité supplémentaire mobilisée pendant toute l'opération.

Mise à jour rapide (priorité à la vitesse) :

strategy:
rollingUpdate:
maxSurge: 50%
maxUnavailable: 50%

Mise à jour prudente (priorité à la disponibilité) :

strategy:
rollingUpdate:
maxSurge: 1
maxUnavailable: 0

Un rollout qui n'aboutit pas ne s'annule pas tout seul : les anciens Pods continuent de servir et le Deployment reste indéfiniment en cours. Sans minuteur, personne ne s'en aperçoit. Kubernetes fournit un délai de non-progression qui bascule le Deployment en échec, donc détectable par une supervision.

Ce paramètre définit le délai après lequel Kubernetes considère que le rollout n'avance plus :

spec:
progressDeadlineSeconds: 600 # 10 minutes

Si le rollout n'a pas progressé pendant cette durée (pas de nouveau Pod Ready/Available), le contrôleur marque le Deployment comme failed dans son statut.

Vérifier le statut :

Fenêtre de terminal
kubectl describe deployment/nginx-rolling | grep -A 5 "Conditions"

Sortie si bloqué :

Conditions:
Type Status Reason
---- ------ ------
Available True MinimumReplicasAvailable
Progressing False ProgressDeadlineExceeded

Lisez bien les deux lignes ensemble, car leur combinaison déroute : Available reste à True. Le Deployment est en échec et votre application répond toujours, puisque les anciens Pods n'ont jamais été retirés. C'est une bonne nouvelle en production, et un piège en supervision : une alerte qui ne surveille que la disponibilité ne verra jamais ce rollout raté. Surveillez la condition Progressing.

L'option --timeout borne l'attente côté client, indépendamment de progressDeadlineSeconds qui agit côté contrôleur. C'est ce qui rend la commande utilisable comme étape bloquante dans un pipeline.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout status deployment/nginx-rolling --timeout=5m

La commande sort en code 1 si le rollout échoue ou dépasse le délai, ce qui suffit à faire échouer une étape de pipeline sans analyser sa sortie :

Sortie
Waiting for deployment "bloque" rollout to finish: 1 out of 2 new replicas have been updated...
error: deployment "bloque" exceeded its progress deadline

Recreate est la seule alternative à RollingUpdate. Elle supprime la totalité des Pods de l'ancienne révision, attend leur disparition effective, puis crée ceux de la nouvelle. maxSurge et maxUnavailable ne s'y appliquent pas : il n'y a rien à doser.

spec:
strategy:
type: Recreate

Dites-vous bien ce que cela implique : Recreate tue tous les anciens Pods avant de créer les nouveaux, ce qui provoque une interruption de service complète pendant toute la mise à jour. La coupure dure au moins le temps d'arrêt des anciens Pods plus le temps de démarrage des nouveaux, sans recouvrement possible.

Cette interruption n'est pas toujours un défaut. Recreate est le bon choix quand deux versions ne peuvent pas cohabiter : une migration de schéma que l'ancienne version ne saurait pas relire, ou une application qui refuse de tourner en plusieurs instances parce qu'elle prend un verrou exclusif.

En revanche, si ce sont des garanties sur l'identité et l'ordre des Pods que vous cherchez, cas d'une base de données ou d'un système distribué, un StatefulSet est plus adapté qu'un Deployment en Recreate.

Un rollback déclenche un nouveau rollout vers une révision précédente. Ce n'est pas un basculement instantané, Kubernetes applique la même stratégie de rolling update pour revenir en arrière.

Sans argument, undo restaure le Pod template de l'avant-dernière révision et l'enregistre comme une nouvelle révision : l'historique s'allonge, il ne recule pas.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout undo deployment/nginx-rolling

Sortie :

deployment.apps/nginx-rolling rolled back

L'expression jsonpath extrait un seul champ, ici l'image du premier conteneur, ce qui évite de relire tout le manifeste pour confirmer le retour arrière.

Fenêtre de terminal
kubectl get deployment nginx-rolling -o jsonpath='{.spec.template.spec.containers[0].image}'

Chaque révision correspond à un ancien ReplicaSet conservé. La colonne CHANGE-CAUSE reste vide tant que l'annotation dédiée n'a pas été posée, ce qui est le cas par défaut.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout history deployment/nginx-rolling

Sortie :

REVISION CHANGE-CAUSE
1 <none>
2 Correctif CVE-2025-23419, passage a nginx 1.27.4
3 Correctif CVE-2025-23419, passage a nginx 1.27.4

La troisième ligne n'est pas une coquille, et c'est le piège de cette colonne : la révision 3 a été créée sans qu'on réannote quoi que ce soit, et elle affiche pourtant la raison de la révision 2.

Un undo sans argument restaurant l'avant-dernière révision, l'enchaîner deux fois vous ramène au point de départ. Mesuré : nginx:1.30 puis nginx:1.29-alpine puis nginx:1.30, avec une nouvelle révision à chaque fois. Utile à savoir sous pression, où l'on est tenté de relancer la commande en doutant qu'elle ait pris effet.

--to-revision prend un numéro issu de la colonne REVISION de l'historique ; si ce numéro n'existe plus, la commande échoue sans rien modifier.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout undo deployment/nginx-rolling --to-revision=99
Sortie
error: unable to find specified revision 99 in history

Le cas se présente plus souvent qu'on ne croit : revisionHistoryLimit fait disparaître les révisions les plus anciennes en silence. Vérifiez le numéro avec rollout history avant de le taper.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout undo deployment/nginx-rolling --to-revision=1

Avec --revision, la commande affiche le Pod template complet enregistré à ce moment-là : image, variables d'environnement, probes. C'est le seul moyen de vérifier vers quoi vous allez revenir avant de lancer le rollback.

Fenêtre de terminal
kubectl rollout history deployment/nginx-rolling --revision=2

L'historique ne conserve aucune trace de la raison d'un déploiement : face à cinq révisions, rien ne distingue un correctif de sécurité d'un changement de configuration. L'ancienne option --record est dépréciée, la mention se pose désormais explicitement, avec l'annotation kubernetes.io/change-cause.

Fenêtre de terminal
kubectl annotate deployment/nginx-rolling \
kubernetes.io/change-cause="Correctif CVE-2025-23419, passage a nginx 1.27.4"

Ou définissez l'annotation dans le manifeste :

metadata:
annotations:
kubernetes.io/change-cause: "Correctif CVE-2025-23419, passage a nginx 1.27.4"

Le piège : l'annotation ne se périme pas toute seule

Section intitulée « Le piège : l'annotation ne se périme pas toute seule »

kubernetes.io/change-cause vit sur le Deployment, pas sur la révision. Kubernetes se contente de la recopier dans chaque nouvelle révision au moment où elle est créée. Une annotation posée une fois et jamais mise à jour réapparaît donc à l'identique sur tous les déploiements suivants, et l'historique se met à mentir : trois révisions affichent le même correctif de sécurité alors qu'une seule le portait.

Deux gestes évitent ce faux historique, à choisir selon votre discipline. Soit vous réécrivez l'annotation avant chaque déploiement, avec --overwrite :

Fenêtre de terminal
kubectl annotate deployment/nginx-rolling --overwrite \
kubernetes.io/change-cause="Passage a nginx 1.28"

Soit vous la retirez quand vous n'avez rien de particulier à consigner, et la révision suivante affichera honnêtement <none> :

Fenêtre de terminal
kubectl annotate deployment/nginx-rolling kubernetes.io/change-cause-

Le tiret final de change-cause- n'est pas une faute de frappe : c'est la syntaxe de suppression d'une annotation. En pratique, la première forme convient dans un pipeline, où le CI connaît la raison du déploiement, la seconde lors d'une intervention manuelle.

Chaque révision conservée laisse un ReplicaSet à zéro réplica dans le namespace. Ces objets ne consomment ni CPU ni mémoire, mais ils encombrent les listes et alourdissent les requêtes à l'API sur un cluster qui déploie plusieurs fois par jour. Par défaut, Kubernetes conserve 10 révisions (anciens ReplicaSets). Pour économiser de l'espace :

spec:
revisionHistoryLimit: 5

Mettre un Deployment en pause suspend la prise en compte des modifications du Pod template : vous enchaînez plusieurs changements sans déclencher de rollout. Rien ne repart tant que la reprise n'a pas été demandée, et un Deployment oublié en pause y reste indéfiniment.

La pause s'applique immédiatement, y compris au milieu d'un rollout déjà lancé, qui se fige alors dans son état intermédiaire :

Fenêtre de terminal
kubectl rollout pause deployment/nginx-rolling

Utile pour :

  • Faire plusieurs modifications avant de reprendre (évite des rollouts intermédiaires)
  • Investiguer un problème sans que le rollout continue

La reprise applique en une seule fois toutes les modifications accumulées pendant la pause, et ne crée donc qu'une seule nouvelle révision :

Fenêtre de terminal
kubectl rollout resume deployment/nginx-rolling

Une pause n'est pas un canary, et la confusion coûte cher en production. Mettre un rollout en pause après un set image fige bien la proportion de Pods remplacés, mais Kubernetes ne répartit pas le trafic en conséquence : le Service envoie autant de requêtes à chaque Pod prêt, ancienne version comprise. Vous obtenez un mélange de versions subi, pas une exposition maîtrisée à une fraction des utilisateurs.

Pour un vrai canary, avec contrôle du trafic et critères d'arrêt, il faut autre chose : deux Deployments derrière un Ingress qui pondère, un contrôleur dédié comme Argo Rollouts ou Flagger, ou un service mesh comme Istio ou Linkerd.

Rien n'oblige à attendre la fin d'un rollout pour en lancer un autre. Kubernetes ne met pas les mises à jour en file d'attente : il abandonne celle en cours au profit de la dernière demandée. Le comportement est sain, mais il rend l'état du cluster difficile à lire quand les déploiements s'enchaînent.

Si vous modifiez à nouveau le Deployment pendant qu'un rollout est en cours, Kubernetes :

  1. Crée un nouveau ReplicaSet pour la dernière version
  2. Commence à abandonner le rollout précédent
  3. Scale down le ReplicaSet de la version intermédiaire

Exemple :

Fenêtre de terminal
# Rollout en cours vers v2
kubectl set image deployment/app app=image:v2
# Avant que v2 soit complètement déployé, vous changez pour v3
kubectl set image deployment/app app=image:v3

Kubernetes va progressivement abandonner v2 et passer directement à v3. Ce rollover est voulu : il évite de mener à son terme un déploiement vers une version dont vous ne voulez déjà plus. Le revers est la lisibilité, car plusieurs apply enchaînés en quelques secondes laissent des ReplicaSets intermédiaires qui compliquent la lecture de l'état réel. En production, attendez la fin d'un rollout status avant de lancer le suivant.

Il n'existe pas de réglage universellement bon : tout dépend de la contrainte qui vous limite, disponibilité, vitesse ou capacité. Repérez la ligne qui décrit votre situation, et validez la combinaison en recette avant la production.

SituationRéglage conseillé
Priorité à la disponibilitémaxUnavailable: 0, maxSurge faible, readinessProbe, minReadySeconds
Priorité à la rapiditémaxSurge élevé (50%+), maxUnavailable non nul
Cluster contraint en ressourcesRolling update conservateur, maxSurge faible, éviter le surge
Application fragile au démarragereadinessProbe stricte, minReadySeconds élevé, progressDeadlineSeconds adapté
Déploiement bleu-vertmaxSurge: 100%, maxUnavailable: 0 (double temporaire des ressources)
Migration incompatibleStratégie Recreate ou StatefulSet

Ces cinq réglages se posent une fois dans le manifeste et couvrent l'essentiel des incidents de déploiement. Les trois premiers déterminent si Kubernetes sait reconnaître qu'un Pod est réellement opérationnel, les deux derniers conditionnent votre capacité à revenir en arrière.

Sans readinessProbe, Kubernetes risque de considérer un Pod disponible trop tôt, ce qui peut dégrader le rollout et exposer des Pods non réellement prêts au trafic.

spec:
containers:
- name: app
readinessProbe:
httpGet:
path: /health
port: 8080
initialDelaySeconds: 5
periodSeconds: 3
failureThreshold: 3

Attendez quelques secondes après le Ready avant de continuer le rollout :

spec:
minReadySeconds: 10 # Le Pod doit être Ready pendant 10s avant d'être considéré Available

Sans ce délai, un rollout bloqué le reste indéfiniment et rien ne le signale. Avec, le Deployment bascule en échec et devient détectable par une supervision. Comptez large par rapport au démarrage normal, sous peine de déclarer en échec un déploiement qui avançait.

spec:
progressDeadlineSeconds: 600 # 10 minutes

Une annotation posée au moment du déploiement fait gagner un temps considérable le jour où il faut choisir une révision de repli sous pression.

Fenêtre de terminal
kubectl annotate deployment/app \
kubernetes.io/change-cause="Upgrade vers v2.1 - fix bug #1234"

Trois à cinq révisions suffisent en pratique : au-delà, la configuration a généralement trop divergé pour qu'un retour arrière soit encore pertinent.

spec:
revisionHistoryLimit: 5 # Pas 0, sinon pas de rollback possible

Ces erreurs ont un point commun : elles ne se voient pas au moment où on les commet, seulement le jour de l'incident. Un Deployment sans probe se déploie parfaitement, jusqu'à exposer des Pods qui ne répondent pas encore.

Anti-patternProblèmeSolution
Pas de readinessProbePods exposés avant d'être prêtsConfigurer une probe réaliste
revisionHistoryLimit: 0Impossible de faire un rollbackGarder au moins 3-5 révisions
Rollback sur Deployment pauséÉchoueReprendre d'abord avec resume
Supposer "zéro downtime" garantiLe rollout dépend de la config et des ressourcesConfigurer stratégie + probes + tests
Utiliser Recreate pour la persistanceInterruption de service, pas de garantie d'ordreUtiliser un StatefulSet
Modifier le selector après créationImmutable en apps/v1Recréer le Deployment si nécessaire
Enchaîner les apply sans vérifierRollover peut créer de la confusionAttendre rollout status entre les déploiements

Le réflexe est toujours le même : regarder l'état des nouveaux Pods avant de toucher au Deployment. Le tableau associe chaque symptôme visible à sa cause la plus fréquente, et les commandes de diagnostic suivent.

SymptômeCause probableSolution
Rollout bloqué à "Waiting"Nouveaux Pods pas ReadyVérifier les logs et les probes
ProgressDeadlineExceededRollout n'avance plus depuis X secondesInvestiguer les Pods, éventuellement rollback
Pods en CrashLoopBackOffErreur dans la nouvelle imageRollback immédiat
Rollout très lentmaxUnavailable: 0 + ressources limitéesAugmenter maxSurge ou les ressources
Historique viderevisionHistoryLimit: 0Augmenter la limite
Rollback échoueDeployment pausékubectl rollout resume d'abord
Anciens Pods qui ne disparaissent pasterminationGracePeriodSeconds trop longRéduire ou vérifier que l'app gère SIGTERM

Le bloc Conditions indique quelle condition bloque, et l'option --previous récupère les logs du conteneur avant son dernier redémarrage, seuls exploitables sur un Pod en boucle de crash :

Fenêtre de terminal
kubectl describe pod nom-du-pod | grep -A 10 "Conditions"
kubectl logs nom-du-pod --previous

Les événements retracent les décisions du contrôleur, notamment les montées et descentes en charge de chaque ReplicaSet. Ils ne sont conservés qu'une heure par défaut : au-delà, la trace est perdue.

Fenêtre de terminal
kubectl describe deployment/nginx-rolling | grep -A 20 "Events"

Cette requête liste les conditions portées par le Deployment, typiquement Available et Progressing. C'est ce qui permet de scripter un contrôle sans analyser la sortie de describe.

Fenêtre de terminal
kubectl get deployment nginx-rolling -o jsonpath='{.status.conditions[*].type}'

L'épreuve CKAD est chronométrée : ces six gestes doivent sortir sans hésitation ni consultation de la documentation. Ils couvrent le cycle complet, du déclenchement d'une mise à jour à son annulation.

  1. Déclencher une rolling update

    Fenêtre de terminal
    kubectl set image deployment/app app=image:v2
  2. Suivre la progression

    Fenêtre de terminal
    kubectl rollout status deployment/app
  3. Consulter l'historique

    Fenêtre de terminal
    kubectl rollout history deployment/app
  4. Rollback

    Fenêtre de terminal
    kubectl rollout undo deployment/app
    # Ou vers une révision spécifique
    kubectl rollout undo deployment/app --to-revision=2
  5. Vérifier les ReplicaSets

    Fenêtre de terminal
    kubectl get rs
    kubectl describe deployment/app
  6. Piège courant

    kubectl scale ne crée pas de nouvelle révision. Seules les modifications du Pod template déclenchent un rollout.

  1. Rolling update = mise à jour progressive avec interruption minimale si bien configurée
  2. Seules les modifications du Pod template déclenchent une nouvelle révision
  3. maxSurge et maxUnavailable valent 25% par défaut
  4. maxUnavailable: 0 = aucun Pod indisponible, mais nécessite plus de ressources
  5. progressDeadlineSeconds détecte les rollouts bloqués
  6. Un rollback déclenche un nouveau rollout vers une ancienne révision, ce n'est pas instantané
  7. Impossible de rollback un Deployment pausé, reprendre d'abord
  8. revisionHistoryLimit: 0 = pas de rollback possible
  9. Toujours configurer des readinessProbes et minReadySeconds
  10. Pour un vrai canary avec contrôle du trafic, utilisez Argo Rollouts ou un service mesh

Sept questions sur les points sensibles : les valeurs par défaut, ce qui déclenche une révision, et les situations où le rollback devient impossible.

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