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Scanner les images Kubernetes - Grype, Trivy et CVE

18 min de lecture

Scanner les images conteneurs avant de les déployer est un contrôle indispensable, mais ce n'est qu'un maillon de la supply chain security. Un scanner compare les composants d'une image avec des bases de données de CVE pour identifier les failles connues, mais il ne prouve pas l'intégrité, la provenance ou la conformité de l'image.

Ce guide poursuit deux objectifs : montrer les commandes et concepts autour du scan de vulnérabilités dans l'écosystème Kubernetes, et expliquer pourquoi je privilégie Grype comme scanner principal en production depuis l'incident majeur ayant touché l'écosystème Trivy en mars 2026. Trivy reste néanmoins très présent dans l'écosystème et dans les préparations à l'examen CKS.

  • Docker ou containerd installé
  • Accès à des images à scanner
  • Bases en sécurité : notions de CVE, CVSS, EPSS (→ guide CVE)

Avant de scanner, il faut savoir lire les résultats. Une CVE (Common Vulnerability and Exposure) est un identifiant unique pour une faille de sécurité connue. Format : CVE-ANNÉE-NUMÉRO.

Les scores de sévérité CVSS v3 :

ScoreSévéritéAction recommandée
9.0 – 10.0CRITICALCorriger immédiatement, bloquer le déploiement
7.0 – 8.9HIGHTraiter en priorité, dans les 48h
4.0 – 6.9MEDIUMPlanifier dans le sprint suivant
0.1 – 3.9LOWBacklog, corriger lors des mises à jour régulières

Grype, mon choix principal pour le scan de vulnérabilités d'images

Section intitulée « Grype, mon choix principal pour le scan de vulnérabilités d'images »

Grype est développé par Anchore. Je le privilégie pour le scan d'images et de SBOM, notamment pour son intégration avec Syft et sa prise en compte d'EPSS, de KEV et d'OpenVEX.

Installez Grype depuis un binaire officiel vérifié par empreinte SHA256, jamais par un script curl | sh : récupérez l'archive et les checksums des GitHub Releases, contrôlez l'empreinte, puis extrayez le binaire.

Fenêtre de terminal
GRYPE_VERSION=0.111.0
cd /tmp
base="https://github.com/anchore/grype/releases/download/v${GRYPE_VERSION}"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt"
grep "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" "grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt" | sha256sum -c -
sudo tar -C /usr/local/bin -xzf "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" grype
grype version

Grype prend en argument une référence d'image, un chemin local ou un SBOM, et choisit sa source d'analyse selon le préfixe utilisé. Sans option, il affiche toutes les vulnérabilités trouvées et se termine avec un code de retour 0 : c'est --fail-on qui transforme le scan en verrou de pipeline.

Fenêtre de terminal
# Scanner une image depuis une registry
grype nginx:1.25.3
# Ne montrer que les CVE ayant un fix disponible
grype nginx:1.25.3 --only-fixed
# Faire échouer si CVE CRITICAL détectée (CI/CD)
grype nginx:1.25.3 --fail-on critical
# Sortie JSON pour parsing
grype nginx:1.25.3 -o json > report.json
# Depuis un SBOM Syft
grype sbom:/path/to/sbom.json

La sortie par défaut est un tableau, une ligne par couple paquet/vulnérabilité. Un même identifiant peut donc apparaître plusieurs fois s'il touche plusieurs paquets de l'image, comme CVE-2024-0727 ci-dessous sur libssl3 et openssl.

NAME INSTALLED FIXED-IN TYPE VULNERABILITY SEVERITY
libssl3 3.0.11 3.0.13 deb CVE-2024-0727 MEDIUM
openssl 3.0.11 3.0.13 deb CVE-2024-0727 MEDIUM
expat 2.5.0 (none) deb CVE-2023-52425 MEDIUM
zlib1g 1:1.2.13 (none) deb CVE-2023-45853 MEDIUM

La colonne FIXED-IN est clé : si elle est vide, aucun correctif n'est actuellement référencé pour ce package dans les sources du scanner. Il faut alors évaluer les alternatives : mise à jour applicative, changement d'image de base, suppression du composant, ou acceptation temporaire du risque documentée.

Séparer l'inventaire de l'analyse change la façon de travailler : Syft produit la liste des composants une fois pour toutes, Grype la confronte aux bases de vulnérabilités du jour. L'image n'a plus besoin d'exister ni d'être téléchargée pour être réévaluée six mois plus tard.

Fenêtre de terminal
# 1. Générer l'inventaire (SBOM)
syft nginx:1.25.3 -o cyclonedx-json > sbom.json
# 2. Scanner le SBOM pour les CVE
grype sbom:sbom.json --fail-on high
# Avantage : le SBOM peut être archivé et re-scanné plus tard
# quand de nouvelles CVE sont publiées sans rebuilder l'image

→ Voir le guide SBOM complet et le guide Syft.

Trivy, outil très présent dans l'écosystème, que je n'intègre plus comme scanner principal

Section intitulée « Trivy, outil très présent dans l'écosystème, que je n'intègre plus comme scanner principal »

Trivy d'Aqua Security est un outil très fréquent dans les préparations CKS et dans la littérature autour de l'examen. Je conserve ses commandes pour la culture générale et pour lire des pipelines existants. En revanche, pour un nouveau pipeline de production, je préfère désormais Grype pour le scan de vulnérabilités d'images.

L'installation passe par le dépôt APT signé d'Aqua : la clé publique est convertie en trousseau binaire dans /usr/share/keyrings/, puis référencée par signed-by= dans la source. Ce mécanisme limite la confiance accordée à cette clé au seul dépôt Trivy, contrairement à l'ancien apt-key add qui l'autorisait pour tous les dépôts du système.

Fenêtre de terminal
# Debian/Ubuntu
sudo apt-get install wget apt-transport-https gnupg lsb-release
wget -qO - https://aquasecurity.github.io/trivy-repo/deb/public.key | gpg --dearmor | sudo tee /usr/share/keyrings/trivy.gpg > /dev/null
echo "deb [signed-by=/usr/share/keyrings/trivy.gpg] https://aquasecurity.github.io/trivy-repo/deb $(lsb_release -sc) main" | sudo tee /etc/apt/sources.list.d/trivy.list
sudo apt-get update && sudo apt-get install trivy

Trivy s'organise par sous-commandes selon la cible : image pour un conteneur, fs pour un répertoire de code, config pour un manifeste. L'examen CKS attend surtout la maîtrise du filtrage par sévérité et de --exit-code, qui décide si le scan bloque ou non la chaîne.

Fenêtre de terminal
# Scanner une image
trivy image nginx:1.25.3
# Ignorer les CVE sans fix disponible
trivy image --ignore-unfixed nginx:1.25.3
# Filtrer par sévérité
trivy image --severity CRITICAL,HIGH nginx:1.25.3
# Code de sortie 1 si CVE critique (CI/CD)
trivy image --exit-code 1 --severity CRITICAL nginx:1.25.3
# Générer un SBOM CycloneDX
trivy image --format cyclonedx nginx:1.25.3 > sbom.json
# Scanner le filesystem local (dépendances applicatives)
trivy fs --scanners vuln .
# Scanner un manifest Kubernetes
trivy config deployment.yaml

Les deux outils font le même travail de base, la comparaison porte donc sur leur périmètre et sur leur façon de hiérarchiser les résultats. Trivy couvre plus de types de cibles (configuration, IaC, cluster), Grype se concentre sur les images et les SBOM en poussant plus loin la priorisation par le risque réel d'exploitation. Le tableau ci-dessous sert à trancher selon ce que vous avez à couvrir, pas à désigner un vainqueur absolu.

CritèreGrypeTrivy
Cible principaleImages, file systems, SBOMImages + config/IaC + Kubernetes + SBOM
EPSS / priorisationFort accent : EPSS, KEV, risk score, OpenVEXCouverture plus large, priorisation moins mise en avant
SBOMScan de SBOM existantsGénération et exploitation natifs
Kubernetes natifPas d'operator officiel équivalentTrivy Operator
Position dans ce guideMon choix principal pour la prodConservé pour culture écosystème / préparation

Le Trivy Operator installe un CRD dans le cluster et scanne automatiquement toutes les images à intervalle régulier. Les résultats sont stockés comme ressources Kubernetes.

Fenêtre de terminal
# Installation via Helm
helm install trivy-operator aquasecurity/trivy-operator \
--namespace trivy-system \
--create-namespace \
--set trivy.ignoreUnfixed=true
# Voir les rapports de vulnérabilités
kubectl get vulnerabilityreports -A
# Détail d'un rapport
kubectl describe vulnerabilityreport <name> -n <namespace>

Un scan n'a d'effet que s'il peut arrêter la chaîne. Le principe est identique sur toutes les plateformes : construire l'image, la scanner, et laisser le code de retour non nul du scanner faire échouer le job. Reste à décider du seuil de blocage, sachant qu'un --fail-on critical trop strict sur une image de base ancienne bloque tout le monde dès le premier jour.

L'action de checkout est épinglée par SHA et non par tag, seule protection contre la réécriture d'un tag Git dans le dépôt de l'action, exactement le mode opératoire observé lors de l'incident de mars 2026. Le permissions: {} du workflow retire tout droit par défaut au GITHUB_TOKEN, et le job ne reprend que la lecture du dépôt.

.github/workflows/scan.yml
name: scan-image
on: [push]
permissions: {}
jobs:
scan:
runs-on: ubuntu-latest
permissions:
contents: read
steps:
- uses: actions/checkout@11bd71901bbe5b1630ceea73d27597364c9af683 # v4.2.2
with:
persist-credentials: false
- name: Build image
run: docker build -t myapp:${{ github.sha }} .
- name: Scanner avec Grype
run: |
GRYPE_VERSION=0.111.0
base="https://github.com/anchore/grype/releases/download/v${GRYPE_VERSION}"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt"
grep "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" "grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt" | sha256sum -c -
sudo tar -C /usr/local/bin -xzf "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" grype
grype myapp:${{ github.sha }} --fail-on critical

Le job télécharge l'archive Grype et son fichier de sommes, vérifie l'empreinte avec sha256sum -c avant d'extraire quoi que ce soit. Cette séquence est le strict minimum pour un binaire récupéré depuis Internet, et elle échoue bruyamment si l'archive a été altérée.

.gitlab-ci.yml
scan:
stage: test
image: docker:24@sha256:9b17a9f25adf17b88d0a013b4f00160754adf4b07ccbe9986664a49886c2c98e
services:
- docker:dind
script:
- docker build -t $CI_REGISTRY_IMAGE:$CI_COMMIT_SHA .
- apk add --no-cache curl tar
- |
GRYPE_VERSION=0.111.0
base="https://github.com/anchore/grype/releases/download/v${GRYPE_VERSION}"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt"
grep "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" "grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt" | sha256sum -c -
tar -C /usr/local/bin -xzf "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" grype
grype $CI_REGISTRY_IMAGE:$CI_COMMIT_SHA --fail-on critical

La difficulté du scan n'est presque jamais technique : elle tient au volume de résultats et à leur interprétation. Un premier scan sur une image applicative remonte couramment plusieurs centaines de lignes, dont une majorité sans correctif disponible ni exploitabilité dans votre contexte. Les symptômes ci-dessous couvrent les cas rencontrés lors de la mise en place, du bruit initial aux divergences entre outils.

SymptômeCause probableSolution
Trop de CVE MEDIUM/LOWPas de filtrageUtiliser --severity HIGH,CRITICAL ou --fail-on high
CVE sans FIXED-INPas de correctif référencéÉvaluer alternatives : MAJ applicative, changement de base, suppression du composant
Faux positifs répétésCVE non applicable à votre contexteCréer .grype.yaml avec ignore: ou formaliser avec OpenVEX
Trivy DB outdatedBase locale expiréetrivy image --download-db-only
Scan lent en CI/CDTéléchargement de la DB à chaque runMettre la DB en cache dans le pipeline
Image distroless / WolfiMoins de paquets OSScanner quand même, bibliothèques applicatives restent visibles
Résultats différents entre deux scannersSources et règles de matching différentesNormal, définissez un scanner de référence et documentez les écarts
CVE non exploitable dans votre contexteFaux positif contextuelFormaliser l'acceptation de risque avec OpenVEX ou .grype.yaml

Le fichier .grype.yaml placé à la racine du projet retire des résultats les vulnérabilités listées sous ignore:. Chaque exception doit porter une raison écrite : une exclusion sans justification devient invérifiable dès que son auteur quitte l'équipe, et personne n'ose plus la supprimer.

.grype.yaml
ignore:
# CVE ne s'applique pas à notre build (Java non utilisé)
- vulnerability: CVE-2023-XXXXX
reason: "Not applicable - Java runtime not present"
# Toutes les CVE LOW pour ce package
- package:
name: libcurl
fix-state: not-fixed
severity: low

Un scanner répond à une seule question : les composants présents dans cette image figurent-ils dans une base de vulnérabilités connues. Il ne dit rien de ce que fait le code, ni de qui l'a construit, ni de ce que l'image exécutera une fois déployée. Confondre l'absence de CVE critiques avec la sûreté de l'image est l'erreur la plus fréquente, et l'incident Trivy de mars 2026 en donne un exemple direct.

Les questions portent sur ce qui vient d'être expliqué : lecture d'un résultat de scan, priorisation CVSS et EPSS, et périmètre exact de ce qu'un scanner prouve.

Contrôle de connaissances

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10 questions
8 min.
70% requis

Informations

  • Le chronomètre démarre au clic sur Démarrer
  • Questions à choix multiples, vrai/faux et réponses courtes
  • Vous pouvez naviguer entre les questions
  • Les résultats détaillés sont affichés à la fin

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  • Grype : mon choix principal pour scanner images et SBOM en production, avec focus sur EPSS, KEV et OpenVEX
  • Trivy : outil toujours très connu et fonctionnellement large, que je ne retiens plus comme scanner principal après l'incident de mars 2026
  • Un scan d'image ne suffit pas : compléter avec signature, provenance, politiques d'admission et contrôles runtime
  • EPSS + CVSS : croiser les deux signaux pour prioriser, l'EPSS seul ne suffit pas
  • En CI/CD : évitez de télécharger les scanners à la volée ; préférez des images de job internes et figées
  • FIXED-IN vide : pas de correctif référencé à cet instant, évaluer les alternatives plutôt qu'attendre
  • SBOM : générer avec Syft, scanner avec Grype = séparation claire des responsabilités

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