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Gérer vos clusters Kubernetes avec Rancher de SUSE

30 min de lecture

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Rancher est une interface unique pour créer, importer et exploiter plusieurs clusters Kubernetes à la fois. Ce guide installe Rancher 2.15.1 sur un k3s mono-nœud par Helm, et publie les sorties réelles d'une machine montée le 20 septembre 2026. Il s'adresse à qui connaît déjà kubectl et veut un point d'entrée unique sur plusieurs clusters, en homelab ou avant une mise en production.

Trois choses vous éviteront de perdre une soirée : le chart refuse Kubernetes 1.37, la voie Docker que l'on trouve partout est un banc d'essai sans reprise possible, et les guides d'avant 2025 proposent encore de créer des clusters RKE1, qui n'existe plus.

  • Choisir entre conteneur unique, k3s mono-nœud et cluster dédié, selon ce que vous comptez en faire
  • Vérifier la matrice de support avant de provisionner, avec helm show chart
  • Installer Rancher par Helm sur k3s, cert-manager compris, sans mode privilégié
  • Atteindre l'interface et diagnostiquer un Ingress qui ne répond pas
  • Créer ou importer un cluster, et savoir ce que Rancher pilote dans chaque cas
  • Restreindre les Pods avec Pod Security Admission, qui remplace les PodSecurityPolicy disparues

L'histoire de Rancher commence bien avant son acquisition par SUSE, marquant une évolution significative dans le monde de la gestion de conteneurs. Rancher Labs a été fondé en 2014, avec la vision de simplifier la gestion des conteneurs pour les entreprises. Le produit phare, Rancher, est rapidement devenu populaire en raison de sa facilité d'utilisation et de sa polyvalence, offrant une plateforme complète pour la gestion des clusters Kubernetes.

La force de Rancher réside dans sa capacité à rendre Kubernetes accessible, même pour les équipes sans expérience préalable en matière de conteneurs. Cette accessibilité a été un facteur clé de son adoption rapide par une vaste communauté d'utilisateurs. Rancher a évolué pour prendre en charge une variété de distributions Kubernetes, rendant la plateforme attrayante pour une large gamme d'environnements informatiques, des PME aux grandes entreprises.

En 2020, SUSE, une entreprise leader dans le domaine des logiciels open source, a acquis Rancher Labs. Cette acquisition a marqué un tournant stratégique pour SUSE, lui permettant de renforcer son portefeuille de solutions de gestion de cloud et de conteneurs. L'intégration de Rancher dans l'écosystème SUSE a non seulement élargi les capacités de la plateforme mais a également bénéficié à la communauté d'utilisateurs de SUSE en leur offrant une solution de gestion de conteneurs de classe entreprise.

Sous l'égide de SUSE, Rancher continue d'évoluer, en se concentrant sur l'innovation et l'amélioration continue. L'accent est mis sur la simplification de la gestion des opérations Kubernetes, la sécurité renforcée et la prise en charge étendue des environnements cloud hybrides et multicloud. Cette approche holistique de la gestion des conteneurs permet aux entreprises de toutes tailles de tirer pleinement parti de la puissance et de la flexibilité de Kubernetes, tout en minimisant la complexité et les coûts associés.

Rancher se distingue par un ensemble de fonctionnalités robustes et intégrées, conçues pour répondre aux besoins des entreprises dans la gestion de leurs environnements Kubernetes. Voici les plus importantes :

  • Gestion Multi-Clusters : Une des grandes forces de Rancher est sa capacité à gérer plusieurs clusters Kubernetes, qu'ils soient hébergés sur site, dans le cloud ou dans des environnements hybrides. Cette fonctionnalité permet aux administrateurs de centraliser la gestion de leurs clusters, de simplifier les déploiements et d'uniformiser les opérations, tout en conservant une visibilité complète sur l'ensemble de leur infrastructure.

  • Sécurité et Conformité : Rancher intègre des fonctionnalités de sécurité avancées pour assurer la protection des clusters Kubernetes. Il propose des contrôles d'accès basés sur les rôles (RBAC), la gestion des politiques de sécurité et la conformité aux normes de sécurité. Ces fonctionnalités aident les organisations à maintenir des environnements Kubernetes sécurisés et conformes aux réglementations en vigueur.

  • Catalogue d'Applications : Rancher inclut un catalogue d'applications qui facilite le déploiement de services et d'applications dans les clusters Kubernetes. Ce catalogue est une ressource précieuse pour les équipes de développement, leur permettant de déployer rapidement des applications pré-configurées, réduisant ainsi le temps de mise sur le marché.

  • Support des Environnements Cloud Hybrides et Multicloud : Rancher prend en charge une large gamme d'environnements cloud, permettant aux entreprises d'exécuter leurs applications où elles le souhaitent. Cette flexibilité est essentielle dans un monde où les architectures cloud hybrides et multicloud deviennent la norme.

  • Observabilité et Monitoring : La plateforme fournit des outils complets pour le monitoring et l'observabilité des clusters Kubernetes. Ces outils aident les équipes à surveiller la performance, à détecter et à résoudre rapidement les problèmes, garantissant ainsi une haute disponibilité et performance des applications.

  • Intégration avec des Outils Externes : Rancher s'intègre facilement avec une variété d'outils DevOps et de sécurité, permettant aux équipes de continuer à utiliser leurs outils préférés tout en bénéficiant des avantages de Rancher.

Deux chemins mènent à un Rancher qui démarre, et ils n'ont pas les mêmes conséquences six mois plus tard. Le premier se lance en une commande et ne se sauvegarde pas ; le second demande un cluster Kubernetes et se maintient. Cette section pose d'abord le choix, puis déroule les deux.

Rancher s'installe de deux façons, et elles ne servent pas le même usage. Choisissez d'abord, installez ensuite : la voie Docker mène à une impasse dès qu'on veut une sauvegarde ou une montée de version.

UsageArchitecturePourquoi
Découverte, une heure pour voir l'interfaceconteneur uniquerapide, jetable, aucune reprise possible
Homelab, on veut garder ses clustersk3s mono-nœud, Rancher par Helmsauvegarde et montée de version réelles
ProductionKubernetes dédié, Rancher par Helm, plusieurs répliquesRancher ne partage pas le cluster qu'il gère

La troisième ligne mérite d'être dite clairement : Rancher s'installe sur un cluster qui lui est réservé, distinct de ceux qu'il pilote. Installer le gestionnaire sur un cluster de production revient à perdre l'outil de reprise en même temps que ce qu'il devait aider à reprendre.

La version de Kubernetes que Rancher accepte n'est pas la dernière

Section intitulée « La version de Kubernetes que Rancher accepte n'est pas la dernière »

Le chart Rancher refuse d'installer sur un Kubernetes trop récent, et il le dit clairement. Mesuré le 20 septembre 2026, chart Rancher 2.15.1 sur un k3s 1.37.0 fraîchement monté :

Error: chart requires kubeVersion: < 1.37.0-0
which is incompatible with Kubernetes v1.37.0+k3s1

C'est un refus propre, pas une panne : rien n'est installé, le message nomme la contrainte. Mais il surprend, parce qu'on monte spontanément le Kubernetes le plus récent. Vérifiez la contrainte avant de provisionner le cluster :

Fenêtre de terminal
helm show chart rancher-stable/rancher --version 2.15.1 | grep -i kubeversion

Versions retenues pour ce guide, toutes relevées le 20 septembre 2026 :

ComposantVersionRemarque
Rancher2.15.1chart Helm et application
Kubernetesk3s 1.36.41.37 refusée par le chart
cert-manager1.21.2prérequis du chart
Helm4.3.0
Fenêtre de terminal
docker run -d --restart=unless-stopped \
-p 80:80 -p 443:443 --name rancher --privileged \
rancher/rancher:v2.15.1@sha256:5f6c4dc52a05e0c400b53c08bf778ca55790f277e443b5881269158499b7ebe5

L'image est épinglée par version et par empreinte, et pas laissée sur un tag mouvant : sans cela, le banc d'essai que vous montez aujourd'hui et celui que vous remonterez dans six mois ne sont pas le même logiciel, et la comparaison ne veut plus rien dire.

  • Un serveur Linux jetable avec accès root et suffisamment d'espace disque.
  • Docker installé sur ce serveur.

Une fois Rancher lancé, accédez à l'interface web de Rancher en ouvrant un navigateur web et en saisissant l'adresse IP de votre serveur http://<IP_SERVEUR>.

  • Dans l'interface web de Rancher, suivez les instructions pour configurer un mot de passe administrateur et l'URL du serveur Rancher.

Le mot de passe créé pendant l'installation peut être récupéré avec la commande suivante :

Fenêtre de terminal
docker logs rancher |grep 'Bootstrap Password'

C'est la voie à retenir dès que vous comptez garder ce que vous créez. Elle demande un cluster, cert-manager, et une version de Kubernetes compatible avec le chart, mais elle donne en échange la sauvegarde, la montée de version et la haute disponibilité que la voie Docker ne permet pas.

Cette voie est celle que je valide et que je rejoue. Les sorties publiées plus bas viennent toutes de la même machine, montée le 20 septembre 2026 :

ÉlémentCe que j'ai utiliséPourquoi ce choix
MachineUbuntu 24.04, 4 vCPU, 8 Go de RAM, 30 Go de disqueRancher réclame de la mémoire, en dessous de 8 Go le pod redémarre
Kubernetesk3s v1.36.4+k3s1la 1.37 est refusée par le chart, voir plus haut
IngressTraefik, le défaut de k3sc'est lui qui donnera son adresse à l'Ingress de Rancher

Un seul nœud suffit pour apprendre. Les commandes ci-dessous supposent un kubectl qui pointe sur ce cluster, ce que k3s fournit dans /etc/rancher/k3s/k3s.yaml.

Trois choses précèdent le helm install : un namespace dédié, un certificat pour le nom que servira l'Ingress, et les dépôts Helm de cert-manager et de Rancher. Les faire dans cet ordre évite l'échec le plus courant, un chart qui s'installe avant que ses prérequis existent.

Une fois déployé, créons le namespace :

Fenêtre de terminal
kubectl create namespace cattle-system
kubectl config set-context --current --namespace=cattle-system

Il faut ensuite créer un certificat avec mkcert :

Fenêtre de terminal
mkcert -cert-file tls.crt -key-file tls.key rancher.lab.local

Créons le secret :

Fenêtre de terminal
kubectl create secret tls tls-rancher-ingress --cert=tls.crt --key=tls.key

Il faut ensuite ajouter les dépôts Helm. Deux canaux existent, et le choix n'est pas neutre : stable porte la version recommandée en production, latest porte la dernière publiée, y compris des versions que SUSE ne recommande pas encore.

Fenêtre de terminal
helm repo add jetstack https://charts.jetstack.io
helm repo add rancher-stable https://releases.rancher.com/server-charts/stable
helm repo update

cert-manager est un prérequis du chart, pas une option : sans lui, l'installation échoue sur des ressources personnalisées manquantes.

Fenêtre de terminal
helm install cert-manager jetstack/cert-manager \
--namespace cert-manager --create-namespace \
--version v1.21.2 --set crds.enabled=true --wait

Puis Rancher lui-même, avec sa version épinglée :

Fenêtre de terminal
helm install rancher rancher-stable/rancher \
--namespace cattle-system --create-namespace \
--version 2.15.1 \
--set hostname=rancher.lab.local \
--set ingress.tls.source=secret \
--set replicas=1 \
--wait --timeout 15m

--version n'est pas une précaution de puriste : sans elle, deux installations faites à quinze jours d'écart donnent deux versions différentes, et la seconde peut refuser votre cluster comme on vient de le voir. replicas=1 vaut pour un nœud unique ; en production, on laisse le défaut à trois et on a trois nœuds pour les porter.

Ce que cette voie évite, et ce qu'elle ne fait pas

Section intitulée « Ce que cette voie évite, et ce qu'elle ne fait pas »

Le déploiement Helm ne demande aucun privilège, ce qui est l'argument décisif contre la voie Docker. Vérifié sur l'installation ci-dessus :

Fenêtre de terminal
kubectl -n cattle-system get deploy rancher \
-o jsonpath='{.spec.template.spec.containers[0].image}{"\n"}'
# rancher/rancher:v2.15.1
kubectl -n cattle-system get deploy rancher \
-o jsonpath='{.spec.template.spec.containers[0].securityContext}{"\n"}'
# (vide)

La seconde sortie mérite d'être lue pour ce qu'elle est : le conteneur ne demande pas le mode privilégié, et c'est déjà beaucoup par rapport au --privileged de la voie Docker. Mais il ne déclare aucun contexte de sécurité du tout : ni runAsNonRoot, ni readOnlyRootFilesystem, ni suppression de capacités. Le durcissement du pod reste à votre charge, par une politique d'admission au niveau du cluster.

Suivre le déploiement ne demande pas de recopier un nom de pod à la main, qui change à chaque installation :

Fenêtre de terminal
kubectl -n cattle-system get pods -l app=rancher
NAME READY STATUS RESTARTS AGE
rancher-6f9b9d6595-4bm97 1/1 Running 0 109s

Attendez le 1/1, pas le Running. Relevé sur le lab : le pod est ContainerCreating pendant qu'il tire une image de près de deux gigaoctets, passe Running à 72 secondes, puis n'est déclaré prêt qu'à 109 secondes, le temps d'appliquer ses migrations et d'enregistrer ses ressources personnalisées. Pendant ces trente-sept secondes, ses propres journaux signalent un rancher-webhook encore sans endpoint : le service existe, il n'est pas encore opérationnel. Pour suivre sans recopier le nom du pod :

Fenêtre de terminal
kubectl -n cattle-system logs -f deploy/rancher

L'Ingress créé par le chart prend l'adresse que lui donne Traefik, et c'est celle-là qu'il faut résoudre. Les deux commandes suivantes disent tout :

Fenêtre de terminal
kubectl get ingressclass
kubectl -n cattle-system get ingress
NAME CONTROLLER PARAMETERS AGE
traefik (default) traefik.io/ingress-controller <none> 67s
NAME CLASS HOSTS ADDRESS PORTS AGE
rancher traefik rancher.lab.local 10.10.66.11 80, 443 65s

Le chart inscrit la classe d'entrée au moment de l'installation, à partir de l'IngressClass marquée (default) sur le cluster. C'est un détail qui a des conséquences : si vous installez Rancher sur un cluster sans contrôleur d'entrée, puis que vous en ajoutez un ensuite, le champ reste vide. Mesuré sur ce lab dans les deux ordres :

Fenêtre de terminal
kubectl -n cattle-system get ingress rancher -o jsonpath='{.spec.ingressClassName}'
# traefik Traefik présent AVANT l'installation du chart
# (vide) Traefik installé APRÈS

Un Ingress sans ingressClassName reste servi tant qu'une IngressClass porte la mention (default). Le jour où plusieurs contrôleurs coexistent, ou si le défaut disparaît, il n'est plus servi par personne, et rien dans Rancher ne vous préviendra. Installez le contrôleur d'entrée avant Rancher, c'est l'ordre qui évite d'avoir à corriger le champ après coup.

L'ADDRESS est l'adresse du nœud, que le ServiceLB de k3s publie pour le service Traefik. Ajoutez-la à votre /etc/hosts :

Fenêtre de terminal
echo "10.10.66.11 rancher.lab.local" | sudo tee -a /etc/hosts

Vérifiez avant d'ouvrir le navigateur, cela évite de confondre un problème de résolution avec un problème de Rancher :

Fenêtre de terminal
curl -sk -o /dev/null -w '%{http_code}\n' -H 'Host: rancher.lab.local' https://10.10.66.11/
# 200
curl -sk -o /dev/null -w '%{http_code}\n' https://10.10.66.11/
# 404

Le 404 sans en-tête Host est le comportement attendu, pas une panne : Traefik route sur le nom, et une requête qui n'en porte aucun ne correspond à aucune règle. Si les deux commandes rendent 404, c'est l'Ingress qu'il faut regarder ; si la première rend 200, ouvrez https://rancher.lab.local et vous obtenez cet écran :

Login Rancher

Le mot de passe de premier accès n'est pas affiché à l'écran : il est déposé dans un Secret du cluster, que vous lisez vous-même.

Fenêtre de terminal
kubectl -n cattle-system get secret bootstrap-secret \
-o go-template='{{.data.bootstrapPassword|base64decode}}{{"\n"}}'

La commande rend une chaîne aléatoire de 23 caractères sur Rancher 2.15.1, propre à votre installation. Changez-la à la première connexion : ce Secret reste lisible par quiconque obtient un droit de lecture sur le namespace cattle-system, et il ne tourne pas tout seul.

Rancher installé ne gère encore rien : il attend qu'on lui confie des clusters. Cette section couvre les trois gestes qui suivent la première connexion, dans l'ordre où on les fait : rattacher un cluster, déclarer une cible de virtualisation, puis déployer des applications depuis le catalogue.

Créer un cluster ou en importer un : ce que Rancher pilote

Section intitulée « Créer un cluster ou en importer un : ce que Rancher pilote »

Rancher sait faire deux choses très différentes avec un cluster : en créer un de toutes pièces sur une infrastructure que vous lui confiez, ou importer un cluster qui existe déjà et tourne sans lui. Le choix est structurant, parce qu'il détermine qui reste responsable du cycle de vie du cluster.

Clusters Rancher

MéthodeCe que Rancher piloteQuand la choisir
Importer (Import Existing)Rien du cycle de vie : il observe, applique du RBAC et des politiquesCluster managé (EKS, AKS, GKE, Kapsule), ou cluster déjà en production
Provisionner RKE2Tout : nœuds, version, montée de version, etcdMachines nues ou VM que vous fournissez, besoin de durcissement CIS
Provisionner K3sTout, avec une empreinte réduitePériphérie, IoT, petits clusters, laboratoires
Provisionner chez un cloudLe cluster managé via l'API du fournisseurVous voulez un point d'entrée unique sur plusieurs clouds

Une fois la méthode choisie, Rancher guide la configuration : version de Kubernetes, ressources de calcul, plugin réseau. C'est aussi là que se posent les garde-fous d'accès, avec les rôles RBAC (Role-Based Access Control) que Rancher projette sur le cluster aval, et l'application des Pod Security Standards décrite plus bas.

Harvester est la solution d'hyperconvergence open source de SUSE : des machines virtuelles gérées par Kubernetes, sur du matériel nu. Déclaré comme cluster dans Rancher, il devient une cible de provisionnement au même titre qu'un fournisseur cloud, et la même interface pilote alors les conteneurs et les machines virtuelles. C'est l'intérêt réel de l'intégration : ne pas tenir deux consoles pour un parc mixte.

Clusters Rancher

Rancher embarque un catalogue de charts Helm, accessible depuis Apps > Charts sur un cluster donné. Il sert autant à installer les composants de Rancher lui-même, comme le bench CIS, l'opérateur de sauvegarde ou la pile de supervision, qu'à déployer vos propres applications. Chaque entrée reste un chart Helm ordinaire : ce que vous installez ainsi apparaît dans helm list -A et se désinstalle de la même façon. C'est le point important, parce qu'il détermine comment vous reprendrez la main le jour où l'interface ne répond plus.

Clusters Rancher

Deux besoins se confondent souvent et se traitent séparément : empêcher un Pod dangereux de démarrer, et prouver à un auditeur que le cluster est conforme. Le premier relève d'un contrôleur d'admission, le second d'un rapport. Rancher répond aux deux, mais pas avec les mêmes outils, et l'un des deux n'est pas installé par défaut.

Comment Rancher restreint les Pods depuis la disparition des PSP

Section intitulée « Comment Rancher restreint les Pods depuis la disparition des PSP »

Le mécanisme est Pod Security Admission (PSA), et il ne se configure pas du tout comme l'ancien. Les PodSecurityPolicy ont été dépréciées en Kubernetes 1.21 puis retirées en 1.25 : tout guide qui vous propose encore d'y écrire des politiques décrit une ressource que l'API refuse. Le remplaçant est un contrôleur d'admission intégré, qui ne juge plus les Pods à partir d'objets dédiés mais à partir de labels posés sur le namespace.

PSA combine trois niveaux, définis par les Pod Security Standards (PSS), et trois modes qui décident du sort d'une violation :

NiveauCe qu'il autorise
privilegedTout, y compris les escalades de privilèges connues
baselineInterdit les escalades les plus courantes, reste compatible avec la majorité des charges
restrictedApplique les bonnes pratiques de durcissement, le plus strict
ModeEffet d'une violation
enforceLe Pod est rejeté
auditLe Pod passe, une annotation est ajoutée au journal d'audit
warnLe Pod passe, l'utilisateur reçoit un avertissement

Le label se pose au format pod-security.kubernetes.io/<MODE>: <NIVEAU>, et un namespace peut porter les trois modes avec des niveaux différents. C'est ce qui permet de mesurer avant de bloquer, et la différence entre les deux se voit sur la sortie. D'abord le mode qui observe :

Fenêtre de terminal
kubectl label namespace paiements \
pod-security.kubernetes.io/warn=restricted \
pod-security.kubernetes.io/audit=restricted --overwrite
kubectl apply -n paiements -f pod-non-conforme.yaml

Le Pod est créé, et l'avertissement nomme chaque manquement :

Warning: would violate PodSecurity "restricted:latest": allowPrivilegeEscalation != false
(container "sonde" must set securityContext.allowPrivilegeEscalation=false), unrestricted
capabilities (container "sonde" must set securityContext.capabilities.drop=["ALL"]),
runAsNonRoot != true (pod or container "sonde" must set securityContext.runAsNonRoot=true),
seccompProfile (pod or container "sonde" must set securityContext.seccompProfile.type to
"RuntimeDefault" or "Localhost")
pod/sonde created

Une fois ces quatre points corrigés, on bascule en blocage :

Fenêtre de terminal
kubectl label namespace paiements \
pod-security.kubernetes.io/enforce=restricted --overwrite
kubectl apply -n paiements -f pod-non-conforme.yaml

Le même manifeste est cette fois refusé par l'API, avec la même liste :

Error from server (Forbidden): error when creating "pod-non-conforme.yaml": pods "sonde"
is forbidden: violates PodSecurity "restricted:latest": allowPrivilegeEscalation != false
(container "sonde" must set securityContext.allowPrivilegeEscalation=false), unrestricted
capabilities (container "sonde" must set securityContext.capabilities.drop=["ALL"]),
runAsNonRoot != true (pod or container "sonde" must set securityContext.runAsNonRoot=true),
seccompProfile (pod or container "sonde" must set securityContext.seccompProfile.type to
"RuntimeDefault" or "Localhost")

Le mot would de l'avertissement est le seul écart entre les deux messages : c'est votre indicateur que le namespace n'est pas encore en blocage.

L'apport propre à Rancher, depuis la version 2.7.2, ce sont les PSA Configuration Templates : au lieu d'étiqueter les namespaces un par un, vous choisissez un modèle au niveau du cluster, dans un menu déroulant à la création ou à l'édition. Deux modèles sont créés dès l'installation :

Fenêtre de terminal
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplates
NAME AGE
rancher-privileged 29s
rancher-restricted 29s

rancher-privileged ne restreint rien. rancher-restricted applique restricted sur les trois modes à la fois, et surtout exempte d'avance les namespaces des composants, sans quoi le cluster ne démarrerait pas lui-même :

Fenêtre de terminal
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplate rancher-restricted \
-o jsonpath='{.configuration.defaults}'
# {"audit":"restricted","audit-version":"latest","enforce":"restricted",
# "enforce-version":"latest","warn":"restricted","warn-version":"latest"}
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplate rancher-restricted \
-o jsonpath='{.configuration.exemptions.namespaces[*]}' | tr ' ' '\n' | grep -c .
# 23

Ces 23 namespaces exemptés méritent d'être lus avant de croire le cluster durci : kube-system, cattle-system, cattle-fleet-system, cattle-monitoring-system, longhorn-system, istio-system et tigera-operator en font partie. Le modèle protège vos charges, pas l'infrastructure qui les porte. Relevé sur Rancher 2.15.1, le 20 septembre 2026.

Produire la preuve attendue par un auditeur est un besoin distinct de celui de bloquer un Pod, et Rancher ne l'embarque pas : c'est un chart à installer depuis Apps > Charts, nommé CIS Benchmark. Sous le capot, il ne réinvente rien non plus, il orchestre kube-bench d'Aqua Security pour jouer les contrôles du CIS Kubernetes Benchmark, et Sonobuoy pour agréger le résultat à l'échelle du cluster.

Une fois installé, une ressource ClusterScan déclenche un scan selon un ClusterScanProfile ; le profil par défaut laisse Rancher choisir celui qui correspond au type de cluster et à sa version de Kubernetes. Le rapport se lit dans l'interface et s'exporte en CSV, ce qui en fait la pièce à joindre à un dossier RGPD, HIPAA ou PCI-DSS.

NeuVector fournit une solution de sécurité des conteneurs complète qui s'intègre parfaitement avec Rancher. Cette intégration offre une protection en temps réel contre les menaces internes et externes, améliorant la sécurité globale des applications et des données dans les clusters Kubernetes. Avec NeuVector, vous bénéficiez d'une visibilité complète sur le trafic réseau des conteneurs, permettant la détection et la prévention des activités suspectes ou malveillantes.

La supervision n'est pas installée par défaut : c'est un chart du catalogue, rancher-monitoring, qui déploie une pile Prometheus et Grafana dans le cluster ciblé. Rancher n'invente rien ici, il pose des composants standards et vous en donne l'accès depuis son interface.

Deux conséquences pratiques. La pile consomme les ressources du cluster supervisé, ce qui se sent sur un nœud unique de laboratoire. Et comme elle s'installe par cluster, superviser dix clusters veut dire dix piles, sauf à brancher une collecte centrale. Pour le détail de ces composants, voir Prometheus et Grafana.

  • Le chart Rancher 2.15.1 refuse Kubernetes 1.37, contrainte kubeVersion: < 1.37.0-0. Vérifiez-la avec helm show chart avant de provisionner le cluster, sinon vous le remontez.
  • La voie Docker est un banc d'essai, pas une installation : --privileged, aucune sauvegarde, aucune montée de version. La voie Helm sur k3s n'exige aucun mode privilégié, c'est l'argument décisif.
  • Rancher s'installe sur un cluster qui lui est réservé. Le mettre sur le cluster de production revient à perdre l'outil de reprise avec ce qu'il devait aider à reprendre.
  • RKE1 est mort : fin de vie le 31 juillet 2025, provisionnement retiré depuis Rancher 2.12.0, et aucune montée de version sur place vers RKE2. C'est une migration, pas une mise à jour.
  • PodSecurityPolicy n'existe plus depuis Kubernetes 1.25. Le mécanisme est Pod Security Admission, avec trois niveaux et trois modes. Passez par warn et audit avant enforce.
  • Le modèle rancher-restricted durcit vos charges mais exempte 23 namespaces d'infrastructure : ne le confondez pas avec un cluster durci de bout en bout.
  • Le conteneur Rancher ne déclare aucun securityContext : ni runAsNonRoot, ni readOnlyRootFilesystem, ni suppression de capacités. Le durcissement du pod reste à votre charge.
  • Le mot de passe de bootstrap ouvre un compte administrateur de tous les clusters gérés. Changez-le à la première connexion, ne le publiez jamais.

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