
Rancher est une interface unique pour créer, importer et exploiter plusieurs
clusters Kubernetes à la fois. Ce guide installe Rancher 2.15.1 sur un
k3s mono-nœud par Helm, et publie les sorties réelles d'une machine
montée le 20 septembre 2026. Il s'adresse à qui connaît déjà kubectl et
veut un point d'entrée unique sur plusieurs clusters, en homelab ou avant une
mise en production.
Trois choses vous éviteront de perdre une soirée : le chart refuse Kubernetes 1.37, la voie Docker que l'on trouve partout est un banc d'essai sans reprise possible, et les guides d'avant 2025 proposent encore de créer des clusters RKE1, qui n'existe plus.
Ce que vous allez apprendre
Section intitulée « Ce que vous allez apprendre »- Choisir entre conteneur unique, k3s mono-nœud et cluster dédié, selon ce que vous comptez en faire
- Vérifier la matrice de support avant de provisionner, avec
helm show chart - Installer Rancher par Helm sur k3s, cert-manager compris, sans mode privilégié
- Atteindre l'interface et diagnostiquer un Ingress qui ne répond pas
- Créer ou importer un cluster, et savoir ce que Rancher pilote dans chaque cas
- Restreindre les Pods avec Pod Security Admission, qui remplace les PodSecurityPolicy disparues
Historique de Rancher
Section intitulée « Historique de Rancher »L'histoire de Rancher commence bien avant son acquisition par SUSE, marquant une évolution significative dans le monde de la gestion de conteneurs. Rancher Labs a été fondé en 2014, avec la vision de simplifier la gestion des conteneurs pour les entreprises. Le produit phare, Rancher, est rapidement devenu populaire en raison de sa facilité d'utilisation et de sa polyvalence, offrant une plateforme complète pour la gestion des clusters Kubernetes.
La force de Rancher réside dans sa capacité à rendre Kubernetes accessible, même pour les équipes sans expérience préalable en matière de conteneurs. Cette accessibilité a été un facteur clé de son adoption rapide par une vaste communauté d'utilisateurs. Rancher a évolué pour prendre en charge une variété de distributions Kubernetes, rendant la plateforme attrayante pour une large gamme d'environnements informatiques, des PME aux grandes entreprises.
En 2020, SUSE, une entreprise leader dans le domaine des logiciels open source, a acquis Rancher Labs. Cette acquisition a marqué un tournant stratégique pour SUSE, lui permettant de renforcer son portefeuille de solutions de gestion de cloud et de conteneurs. L'intégration de Rancher dans l'écosystème SUSE a non seulement élargi les capacités de la plateforme mais a également bénéficié à la communauté d'utilisateurs de SUSE en leur offrant une solution de gestion de conteneurs de classe entreprise.
Sous l'égide de SUSE, Rancher continue d'évoluer, en se concentrant sur l'innovation et l'amélioration continue. L'accent est mis sur la simplification de la gestion des opérations Kubernetes, la sécurité renforcée et la prise en charge étendue des environnements cloud hybrides et multicloud. Cette approche holistique de la gestion des conteneurs permet aux entreprises de toutes tailles de tirer pleinement parti de la puissance et de la flexibilité de Kubernetes, tout en minimisant la complexité et les coûts associés.
Ce que Rancher apporte concrètement
Section intitulée « Ce que Rancher apporte concrètement »Rancher se distingue par un ensemble de fonctionnalités robustes et intégrées, conçues pour répondre aux besoins des entreprises dans la gestion de leurs environnements Kubernetes. Voici les plus importantes :
-
Gestion Multi-Clusters : Une des grandes forces de Rancher est sa capacité à gérer plusieurs clusters Kubernetes, qu'ils soient hébergés sur site, dans le cloud ou dans des environnements hybrides. Cette fonctionnalité permet aux administrateurs de centraliser la gestion de leurs clusters, de simplifier les déploiements et d'uniformiser les opérations, tout en conservant une visibilité complète sur l'ensemble de leur infrastructure.
-
Sécurité et Conformité : Rancher intègre des fonctionnalités de sécurité avancées pour assurer la protection des clusters Kubernetes. Il propose des contrôles d'accès basés sur les rôles (RBAC), la gestion des politiques de sécurité et la conformité aux normes de sécurité. Ces fonctionnalités aident les organisations à maintenir des environnements Kubernetes sécurisés et conformes aux réglementations en vigueur.
-
Catalogue d'Applications : Rancher inclut un catalogue d'applications qui facilite le déploiement de services et d'applications dans les clusters Kubernetes. Ce catalogue est une ressource précieuse pour les équipes de développement, leur permettant de déployer rapidement des applications pré-configurées, réduisant ainsi le temps de mise sur le marché.
-
Support des Environnements Cloud Hybrides et Multicloud : Rancher prend en charge une large gamme d'environnements cloud, permettant aux entreprises d'exécuter leurs applications où elles le souhaitent. Cette flexibilité est essentielle dans un monde où les architectures cloud hybrides et multicloud deviennent la norme.
-
Observabilité et Monitoring : La plateforme fournit des outils complets pour le monitoring et l'observabilité des clusters Kubernetes. Ces outils aident les équipes à surveiller la performance, à détecter et à résoudre rapidement les problèmes, garantissant ainsi une haute disponibilité et performance des applications.
-
Intégration avec des Outils Externes : Rancher s'intègre facilement avec une variété d'outils DevOps et de sécurité, permettant aux équipes de continuer à utiliser leurs outils préférés tout en bénéficiant des avantages de Rancher.
Installation de Rancher
Section intitulée « Installation de Rancher »Deux chemins mènent à un Rancher qui démarre, et ils n'ont pas les mêmes conséquences six mois plus tard. Le premier se lance en une commande et ne se sauvegarde pas ; le second demande un cluster Kubernetes et se maintient. Cette section pose d'abord le choix, puis déroule les deux.
Quelle architecture selon l'usage
Section intitulée « Quelle architecture selon l'usage »Rancher s'installe de deux façons, et elles ne servent pas le même usage. Choisissez d'abord, installez ensuite : la voie Docker mène à une impasse dès qu'on veut une sauvegarde ou une montée de version.
| Usage | Architecture | Pourquoi |
|---|---|---|
| Découverte, une heure pour voir l'interface | conteneur unique | rapide, jetable, aucune reprise possible |
| Homelab, on veut garder ses clusters | k3s mono-nœud, Rancher par Helm | sauvegarde et montée de version réelles |
| Production | Kubernetes dédié, Rancher par Helm, plusieurs répliques | Rancher ne partage pas le cluster qu'il gère |
La troisième ligne mérite d'être dite clairement : Rancher s'installe sur un cluster qui lui est réservé, distinct de ceux qu'il pilote. Installer le gestionnaire sur un cluster de production revient à perdre l'outil de reprise en même temps que ce qu'il devait aider à reprendre.
La version de Kubernetes que Rancher accepte n'est pas la dernière
Section intitulée « La version de Kubernetes que Rancher accepte n'est pas la dernière »Le chart Rancher refuse d'installer sur un Kubernetes trop récent, et il le dit clairement. Mesuré le 20 septembre 2026, chart Rancher 2.15.1 sur un k3s 1.37.0 fraîchement monté :
Error: chart requires kubeVersion: < 1.37.0-0 which is incompatible with Kubernetes v1.37.0+k3s1C'est un refus propre, pas une panne : rien n'est installé, le message nomme la contrainte. Mais il surprend, parce qu'on monte spontanément le Kubernetes le plus récent. Vérifiez la contrainte avant de provisionner le cluster :
helm show chart rancher-stable/rancher --version 2.15.1 | grep -i kubeversionVersions retenues pour ce guide, toutes relevées le 20 septembre 2026 :
| Composant | Version | Remarque |
|---|---|---|
| Rancher | 2.15.1 | chart Helm et application |
| Kubernetes | k3s 1.36.4 | 1.37 refusée par le chart |
| cert-manager | 1.21.2 | prérequis du chart |
| Helm | 4.3.0 |
Découvrir avec un conteneur unique
Section intitulée « Découvrir avec un conteneur unique »docker run -d --restart=unless-stopped \ -p 80:80 -p 443:443 --name rancher --privileged \ rancher/rancher:v2.15.1@sha256:5f6c4dc52a05e0c400b53c08bf778ca55790f277e443b5881269158499b7ebe5L'image est épinglée par version et par empreinte, et pas laissée sur un tag mouvant : sans cela, le banc d'essai que vous montez aujourd'hui et celui que vous remonterez dans six mois ne sont pas le même logiciel, et la comparaison ne veut plus rien dire.
Ce qu'il faut pour le banc d'essai
Section intitulée « Ce qu'il faut pour le banc d'essai »- Un serveur Linux jetable avec accès
rootet suffisamment d'espace disque. - Docker installé sur ce serveur.
Ouvrir l'interface du banc d'essai
Section intitulée « Ouvrir l'interface du banc d'essai »Une fois Rancher lancé, accédez à l'interface web de Rancher en ouvrant un
navigateur web et en saisissant l'adresse IP de votre serveur
http://<IP_SERVEUR>.
- Dans l'interface web de Rancher, suivez les instructions pour configurer un mot de passe administrateur et l'URL du serveur Rancher.
Le mot de passe créé pendant l'installation peut être récupéré avec la commande suivante :
docker logs rancher |grep 'Bootstrap Password'Installation sur un cluster K3s
Section intitulée « Installation sur un cluster K3s »C'est la voie à retenir dès que vous comptez garder ce que vous créez. Elle demande un cluster, cert-manager, et une version de Kubernetes compatible avec le chart, mais elle donne en échange la sauvegarde, la montée de version et la haute disponibilité que la voie Docker ne permet pas.
Ce qu'il faut pour l'installation k3s
Section intitulée « Ce qu'il faut pour l'installation k3s »Cette voie est celle que je valide et que je rejoue. Les sorties publiées plus bas viennent toutes de la même machine, montée le 20 septembre 2026 :
| Élément | Ce que j'ai utilisé | Pourquoi ce choix |
|---|---|---|
| Machine | Ubuntu 24.04, 4 vCPU, 8 Go de RAM, 30 Go de disque | Rancher réclame de la mémoire, en dessous de 8 Go le pod redémarre |
| Kubernetes | k3s v1.36.4+k3s1 | la 1.37 est refusée par le chart, voir plus haut |
| Ingress | Traefik, le défaut de k3s | c'est lui qui donnera son adresse à l'Ingress de Rancher |
Un seul nœud suffit pour apprendre. Les commandes ci-dessous supposent un
kubectl qui pointe sur ce cluster, ce que k3s fournit dans
/etc/rancher/k3s/k3s.yaml.
Poser le namespace, le certificat et les dépôts
Section intitulée « Poser le namespace, le certificat et les dépôts »Trois choses précèdent le helm install : un namespace dédié, un
certificat pour le nom que servira l'Ingress, et les dépôts Helm de
cert-manager et de Rancher. Les faire dans cet ordre évite l'échec le plus
courant, un chart qui s'installe avant que ses prérequis existent.
Une fois déployé, créons le namespace :
kubectl create namespace cattle-systemkubectl config set-context --current --namespace=cattle-systemIl faut ensuite créer un certificat avec mkcert :
mkcert -cert-file tls.crt -key-file tls.key rancher.lab.localCréons le secret :
kubectl create secret tls tls-rancher-ingress --cert=tls.crt --key=tls.keyIl faut ensuite ajouter les dépôts Helm. Deux canaux existent, et le choix
n'est pas neutre : stable porte la version recommandée en production,
latest porte la dernière publiée, y compris des versions que SUSE ne
recommande pas encore.
helm repo add jetstack https://charts.jetstack.iohelm repo add rancher-stable https://releases.rancher.com/server-charts/stablehelm repo updatecert-manager est un prérequis du chart, pas une option : sans lui, l'installation échoue sur des ressources personnalisées manquantes.
helm install cert-manager jetstack/cert-manager \ --namespace cert-manager --create-namespace \ --version v1.21.2 --set crds.enabled=true --waitPuis Rancher lui-même, avec sa version épinglée :
helm install rancher rancher-stable/rancher \ --namespace cattle-system --create-namespace \ --version 2.15.1 \ --set hostname=rancher.lab.local \ --set ingress.tls.source=secret \ --set replicas=1 \ --wait --timeout 15m--version n'est pas une précaution de puriste : sans elle, deux
installations faites à quinze jours d'écart donnent deux versions différentes,
et la seconde peut refuser votre cluster comme on vient de le voir.
replicas=1 vaut pour un nœud unique ; en production, on laisse le défaut à
trois et on a trois nœuds pour les porter.
Ce que cette voie évite, et ce qu'elle ne fait pas
Section intitulée « Ce que cette voie évite, et ce qu'elle ne fait pas »Le déploiement Helm ne demande aucun privilège, ce qui est l'argument décisif contre la voie Docker. Vérifié sur l'installation ci-dessus :
kubectl -n cattle-system get deploy rancher \ -o jsonpath='{.spec.template.spec.containers[0].image}{"\n"}'# rancher/rancher:v2.15.1
kubectl -n cattle-system get deploy rancher \ -o jsonpath='{.spec.template.spec.containers[0].securityContext}{"\n"}'# (vide)La seconde sortie mérite d'être lue pour ce qu'elle est : le conteneur ne
demande pas le mode privilégié, et c'est déjà beaucoup par rapport au
--privileged de la voie Docker. Mais il ne déclare aucun contexte de
sécurité du tout : ni runAsNonRoot, ni readOnlyRootFilesystem, ni
suppression de capacités. Le durcissement du pod reste à votre charge, par une
politique d'admission au niveau du cluster.
Suivre le déploiement ne demande pas de recopier un nom de pod à la main, qui change à chaque installation :
kubectl -n cattle-system get pods -l app=rancherNAME READY STATUS RESTARTS AGErancher-6f9b9d6595-4bm97 1/1 Running 0 109sAttendez le 1/1, pas le Running. Relevé sur le lab : le pod est
ContainerCreating pendant qu'il tire une image de près de deux gigaoctets,
passe Running à 72 secondes, puis n'est déclaré prêt qu'à 109 secondes,
le temps d'appliquer ses migrations et d'enregistrer ses ressources
personnalisées. Pendant ces trente-sept secondes, ses propres journaux signalent
un rancher-webhook encore sans endpoint : le service existe, il n'est pas
encore opérationnel. Pour suivre sans recopier le nom du pod :
kubectl -n cattle-system logs -f deploy/rancherOuvrir l'interface après l'installation Helm
Section intitulée « Ouvrir l'interface après l'installation Helm »L'Ingress créé par le chart prend l'adresse que lui donne Traefik, et c'est celle-là qu'il faut résoudre. Les deux commandes suivantes disent tout :
kubectl get ingressclasskubectl -n cattle-system get ingressNAME CONTROLLER PARAMETERS AGEtraefik (default) traefik.io/ingress-controller <none> 67s
NAME CLASS HOSTS ADDRESS PORTS AGErancher traefik rancher.lab.local 10.10.66.11 80, 443 65sLe chart inscrit la classe d'entrée au moment de l'installation, à partir de
l'IngressClass marquée (default) sur le cluster. C'est un détail qui a des
conséquences : si vous installez Rancher sur un cluster sans contrôleur
d'entrée, puis que vous en ajoutez un ensuite, le champ reste vide. Mesuré
sur ce lab dans les deux ordres :
kubectl -n cattle-system get ingress rancher -o jsonpath='{.spec.ingressClassName}'# traefik Traefik présent AVANT l'installation du chart# (vide) Traefik installé APRÈSUn Ingress sans ingressClassName reste servi tant qu'une IngressClass porte la
mention (default). Le jour où plusieurs contrôleurs coexistent, ou si le défaut
disparaît, il n'est plus servi par personne, et rien dans Rancher ne vous
préviendra. Installez le contrôleur d'entrée avant Rancher, c'est l'ordre qui
évite d'avoir à corriger le champ après coup.
L'ADDRESS est l'adresse du nœud, que le ServiceLB de k3s publie pour le
service Traefik. Ajoutez-la à votre /etc/hosts :
echo "10.10.66.11 rancher.lab.local" | sudo tee -a /etc/hostsVérifiez avant d'ouvrir le navigateur, cela évite de confondre un problème de résolution avec un problème de Rancher :
curl -sk -o /dev/null -w '%{http_code}\n' -H 'Host: rancher.lab.local' https://10.10.66.11/# 200
curl -sk -o /dev/null -w '%{http_code}\n' https://10.10.66.11/# 404Le 404 sans en-tête Host est le comportement attendu, pas une panne :
Traefik route sur le nom, et une requête qui n'en porte aucun ne correspond à
aucune règle. Si les deux commandes rendent 404, c'est l'Ingress qu'il faut
regarder ; si la première rend 200, ouvrez
https://rancher.lab.local et vous obtenez cet écran :

Le mot de passe de premier accès n'est pas affiché à l'écran : il est déposé dans un Secret du cluster, que vous lisez vous-même.
kubectl -n cattle-system get secret bootstrap-secret \ -o go-template='{{.data.bootstrapPassword|base64decode}}{{"\n"}}'La commande rend une chaîne aléatoire de 23 caractères sur Rancher 2.15.1,
propre à votre installation. Changez-la à la première connexion : ce Secret reste
lisible par quiconque obtient un droit de lecture sur le namespace
cattle-system, et il ne tourne pas tout seul.
Utilisation de Rancher
Section intitulée « Utilisation de Rancher »Rancher installé ne gère encore rien : il attend qu'on lui confie des clusters. Cette section couvre les trois gestes qui suivent la première connexion, dans l'ordre où on les fait : rattacher un cluster, déclarer une cible de virtualisation, puis déployer des applications depuis le catalogue.
Créer un cluster ou en importer un : ce que Rancher pilote
Section intitulée « Créer un cluster ou en importer un : ce que Rancher pilote »Rancher sait faire deux choses très différentes avec un cluster : en créer un de toutes pièces sur une infrastructure que vous lui confiez, ou importer un cluster qui existe déjà et tourne sans lui. Le choix est structurant, parce qu'il détermine qui reste responsable du cycle de vie du cluster.

| Méthode | Ce que Rancher pilote | Quand la choisir |
|---|---|---|
Importer (Import Existing) | Rien du cycle de vie : il observe, applique du RBAC et des politiques | Cluster managé (EKS, AKS, GKE, Kapsule), ou cluster déjà en production |
| Provisionner RKE2 | Tout : nœuds, version, montée de version, etcd | Machines nues ou VM que vous fournissez, besoin de durcissement CIS |
| Provisionner K3s | Tout, avec une empreinte réduite | Périphérie, IoT, petits clusters, laboratoires |
| Provisionner chez un cloud | Le cluster managé via l'API du fournisseur | Vous voulez un point d'entrée unique sur plusieurs clouds |
Une fois la méthode choisie, Rancher guide la configuration : version de Kubernetes, ressources de calcul, plugin réseau. C'est aussi là que se posent les garde-fous d'accès, avec les rôles RBAC (Role-Based Access Control) que Rancher projette sur le cluster aval, et l'application des Pod Security Standards décrite plus bas.
Piloter des machines virtuelles avec Harvester
Section intitulée « Piloter des machines virtuelles avec Harvester »Harvester est la solution d'hyperconvergence open source de SUSE : des machines virtuelles gérées par Kubernetes, sur du matériel nu. Déclaré comme cluster dans Rancher, il devient une cible de provisionnement au même titre qu'un fournisseur cloud, et la même interface pilote alors les conteneurs et les machines virtuelles. C'est l'intérêt réel de l'intégration : ne pas tenir deux consoles pour un parc mixte.

Déployer des applications depuis le catalogue
Section intitulée « Déployer des applications depuis le catalogue »Rancher embarque un catalogue de charts Helm, accessible depuis
Apps > Charts sur un cluster donné. Il sert autant à installer les composants
de Rancher lui-même, comme le bench CIS, l'opérateur de sauvegarde ou la
pile de supervision, qu'à déployer vos propres applications. Chaque entrée
reste un chart Helm ordinaire : ce que vous installez ainsi apparaît dans
helm list -A et se désinstalle de la même façon. C'est le point important,
parce qu'il détermine comment vous reprendrez la main le jour où l'interface ne
répond plus.

Sécurité et conformité des clusters gérés
Section intitulée « Sécurité et conformité des clusters gérés »Deux besoins se confondent souvent et se traitent séparément : empêcher un Pod dangereux de démarrer, et prouver à un auditeur que le cluster est conforme. Le premier relève d'un contrôleur d'admission, le second d'un rapport. Rancher répond aux deux, mais pas avec les mêmes outils, et l'un des deux n'est pas installé par défaut.
Comment Rancher restreint les Pods depuis la disparition des PSP
Section intitulée « Comment Rancher restreint les Pods depuis la disparition des PSP »Le mécanisme est Pod Security Admission (PSA), et il ne se configure pas du tout comme l'ancien. Les PodSecurityPolicy ont été dépréciées en Kubernetes 1.21 puis retirées en 1.25 : tout guide qui vous propose encore d'y écrire des politiques décrit une ressource que l'API refuse. Le remplaçant est un contrôleur d'admission intégré, qui ne juge plus les Pods à partir d'objets dédiés mais à partir de labels posés sur le namespace.
PSA combine trois niveaux, définis par les Pod Security Standards (PSS), et trois modes qui décident du sort d'une violation :
| Niveau | Ce qu'il autorise |
|---|---|
privileged | Tout, y compris les escalades de privilèges connues |
baseline | Interdit les escalades les plus courantes, reste compatible avec la majorité des charges |
restricted | Applique les bonnes pratiques de durcissement, le plus strict |
| Mode | Effet d'une violation |
|---|---|
enforce | Le Pod est rejeté |
audit | Le Pod passe, une annotation est ajoutée au journal d'audit |
warn | Le Pod passe, l'utilisateur reçoit un avertissement |
Le label se pose au format pod-security.kubernetes.io/<MODE>: <NIVEAU>, et un
namespace peut porter les trois modes avec des niveaux différents. C'est ce qui
permet de mesurer avant de bloquer, et la différence entre les deux se voit
sur la sortie. D'abord le mode qui observe :
kubectl label namespace paiements \ pod-security.kubernetes.io/warn=restricted \ pod-security.kubernetes.io/audit=restricted --overwrite
kubectl apply -n paiements -f pod-non-conforme.yamlLe Pod est créé, et l'avertissement nomme chaque manquement :
Warning: would violate PodSecurity "restricted:latest": allowPrivilegeEscalation != false(container "sonde" must set securityContext.allowPrivilegeEscalation=false), unrestrictedcapabilities (container "sonde" must set securityContext.capabilities.drop=["ALL"]),runAsNonRoot != true (pod or container "sonde" must set securityContext.runAsNonRoot=true),seccompProfile (pod or container "sonde" must set securityContext.seccompProfile.type to"RuntimeDefault" or "Localhost")pod/sonde createdUne fois ces quatre points corrigés, on bascule en blocage :
kubectl label namespace paiements \ pod-security.kubernetes.io/enforce=restricted --overwrite
kubectl apply -n paiements -f pod-non-conforme.yamlLe même manifeste est cette fois refusé par l'API, avec la même liste :
Error from server (Forbidden): error when creating "pod-non-conforme.yaml": pods "sonde"is forbidden: violates PodSecurity "restricted:latest": allowPrivilegeEscalation != false(container "sonde" must set securityContext.allowPrivilegeEscalation=false), unrestrictedcapabilities (container "sonde" must set securityContext.capabilities.drop=["ALL"]),runAsNonRoot != true (pod or container "sonde" must set securityContext.runAsNonRoot=true),seccompProfile (pod or container "sonde" must set securityContext.seccompProfile.type to"RuntimeDefault" or "Localhost")Le mot would de l'avertissement est le seul écart entre les deux messages :
c'est votre indicateur que le namespace n'est pas encore en blocage.
L'apport propre à Rancher, depuis la version 2.7.2, ce sont les PSA Configuration Templates : au lieu d'étiqueter les namespaces un par un, vous choisissez un modèle au niveau du cluster, dans un menu déroulant à la création ou à l'édition. Deux modèles sont créés dès l'installation :
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplatesNAME AGErancher-privileged 29srancher-restricted 29srancher-privileged ne restreint rien. rancher-restricted applique
restricted sur les trois modes à la fois, et surtout exempte d'avance les
namespaces des composants, sans quoi le cluster ne démarrerait pas lui-même :
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplate rancher-restricted \ -o jsonpath='{.configuration.defaults}'# {"audit":"restricted","audit-version":"latest","enforce":"restricted",# "enforce-version":"latest","warn":"restricted","warn-version":"latest"}
kubectl get podsecurityadmissionconfigurationtemplate rancher-restricted \ -o jsonpath='{.configuration.exemptions.namespaces[*]}' | tr ' ' '\n' | grep -c .# 23Ces 23 namespaces exemptés méritent d'être lus avant de croire le cluster
durci : kube-system, cattle-system, cattle-fleet-system,
cattle-monitoring-system, longhorn-system, istio-system et
tigera-operator en font partie. Le modèle protège vos charges, pas
l'infrastructure qui les porte. Relevé sur Rancher 2.15.1, le
20 septembre 2026.
Rapports de conformité et bench CIS
Section intitulée « Rapports de conformité et bench CIS »Produire la preuve attendue par un auditeur est un besoin distinct de celui de bloquer un Pod, et Rancher ne l'embarque pas : c'est un chart à installer depuis Apps > Charts, nommé CIS Benchmark. Sous le capot, il ne réinvente rien non plus, il orchestre kube-bench d'Aqua Security pour jouer les contrôles du CIS Kubernetes Benchmark, et Sonobuoy pour agréger le résultat à l'échelle du cluster.
Une fois installé, une ressource ClusterScan déclenche un scan selon un
ClusterScanProfile ; le profil par défaut laisse Rancher choisir celui qui
correspond au type de cluster et à sa version de Kubernetes. Le rapport se lit
dans l'interface et s'exporte en CSV, ce qui en fait la pièce à joindre à un
dossier RGPD, HIPAA ou PCI-DSS.
Sécurité runtime des conteneurs avec NeuVector
Section intitulée « Sécurité runtime des conteneurs avec NeuVector »NeuVector fournit une solution de sécurité des conteneurs complète qui s'intègre parfaitement avec Rancher. Cette intégration offre une protection en temps réel contre les menaces internes et externes, améliorant la sécurité globale des applications et des données dans les clusters Kubernetes. Avec NeuVector, vous bénéficiez d'une visibilité complète sur le trafic réseau des conteneurs, permettant la détection et la prévention des activités suspectes ou malveillantes.
Superviser les clusters depuis Rancher
Section intitulée « Superviser les clusters depuis Rancher »La supervision n'est pas installée par défaut : c'est un chart du catalogue,
rancher-monitoring, qui déploie une pile Prometheus et Grafana dans le
cluster ciblé. Rancher n'invente rien ici, il pose des composants standards et
vous en donne l'accès depuis son interface.
Deux conséquences pratiques. La pile consomme les ressources du cluster supervisé, ce qui se sent sur un nœud unique de laboratoire. Et comme elle s'installe par cluster, superviser dix clusters veut dire dix piles, sauf à brancher une collecte centrale. Pour le détail de ces composants, voir Prometheus et Grafana.
À retenir
Section intitulée « À retenir »- Le chart Rancher 2.15.1 refuse Kubernetes 1.37, contrainte
kubeVersion: < 1.37.0-0. Vérifiez-la avechelm show chartavant de provisionner le cluster, sinon vous le remontez. - La voie Docker est un banc d'essai, pas une installation :
--privileged, aucune sauvegarde, aucune montée de version. La voie Helm sur k3s n'exige aucun mode privilégié, c'est l'argument décisif. - Rancher s'installe sur un cluster qui lui est réservé. Le mettre sur le cluster de production revient à perdre l'outil de reprise avec ce qu'il devait aider à reprendre.
- RKE1 est mort : fin de vie le 31 juillet 2025, provisionnement retiré depuis Rancher 2.12.0, et aucune montée de version sur place vers RKE2. C'est une migration, pas une mise à jour.
- PodSecurityPolicy n'existe plus depuis Kubernetes 1.25. Le mécanisme est Pod Security Admission, avec trois niveaux et trois modes. Passez par
warnetauditavantenforce. - Le modèle
rancher-restricteddurcit vos charges mais exempte 23 namespaces d'infrastructure : ne le confondez pas avec un cluster durci de bout en bout. - Le conteneur Rancher ne déclare aucun
securityContext: nirunAsNonRoot, nireadOnlyRootFilesystem, ni suppression de capacités. Le durcissement du pod reste à votre charge. - Le mot de passe de bootstrap ouvre un compte administrateur de tous les clusters gérés. Changez-le à la première connexion, ne le publiez jamais.