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Supply Chain Security Kubernetes - Sécuriser la chaîne d'approvisionnement

17 min de lecture

La supply chain security représente 20% du CKS et couvre la réduction de l'empreinte des images, la compréhension de la chaîne d'approvisionnement, la sécurisation des artefacts et l'analyse statique des workloads et images. Ce guide se concentre sur cinq pratiques concrètes : images minimales, scan de vulnérabilités, SBOM, signature d'images et contrôle d'admission.

Ces cinq pratiques couvrent le socle, mais elles doivent s'insérer dans une chaîne plus large incluant le CI/CD, le stockage d'artefacts et les contrôles d'admission.

  • Cluster Kubernetes fonctionnel avec accès cluster-admin
  • Bases Docker/conteneurs (build d'images)
  • kubectl configuré
  • Notions de sécurité (CVE, vulnérabilités)

La chaîne d'approvisionnement d'une image conteneur couvre tout le cycle de vie avant déploiement :

Chaîne d'approvisionnement d'une image conteneur, étapes et contrôles de sécurité

Une attaque supply chain compromet n'importe quel maillon : une dépendance malveillante, un build piraté, une image modifiée en transit, ou une registry non authentifiée.

Règle d'or : ne jamais faire confiance à une image simplement parce qu'elle « fonctionne ». Une image qui fonctionne peut quand même contenir des CVE critiques ou avoir été altérée.

Pourquoi les images légères réduisent la surface d'attaque

Section intitulée « Pourquoi les images légères réduisent la surface d'attaque »

Une image contenant apt, bash, curl et des outils système offre à un attaquant de nombreux leviers s'il parvient à s'exécuter dans le conteneur. Une image distroless ne contient que le runtime et votre binaire.

Type d'imageTailleSurface d'attaqueCas d'usage
ubuntu:22.04~70 MoÉlevée (shell, apt, utils)Développement
alpine:3.19~7 MoModérée (shell BusyBox)Usage général
gcr.io/distroless/static~2 MoMinimale (pas de shell)Go, binaires statiques
gcr.io/distroless/base~20 MoTrès faible (glibc seulement)C, C++, Java
scratch0 MoMinimale côté base image (la sécurité dépend toujours du binaire embarqué)Binaires entièrement statiques

Build multi-stage : compiler sans embarquer les outils

Section intitulée « Build multi-stage : compiler sans embarquer les outils »

Le build multi-stage permet de compiler dans une image "build" complète et de ne copier que le binaire final dans une image minimale :

Dockerfile
# Étape 1 : compilation (image complète)
FROM golang:1.23 AS builder
WORKDIR /app
COPY . .
RUN CGO_ENABLED=0 go build -o myapp .
# Étape 2 : image finale minimale (distroless)
FROM gcr.io/distroless/static-debian12:nonroot
COPY --from=builder /app/myapp /myapp
USER nonroot:nonroot
ENTRYPOINT ["/myapp"]

Ces quatre règles portent toutes sur la même question : à quel point l'image que vous déployez aujourd'hui sera-t-elle identique à celle que vous avez testée hier. Un tag est un pointeur mutable côté registry, il peut être réaffecté sans que rien ne change dans votre manifeste ; un digest est le condensat du contenu, il ne peut pas mentir. Retenez la hiérarchie : latest ne garantit rien, un tag de version garantit une intention, un digest garantit le contenu.

  • PIN les versions : nginx:1.25.3 plutôt que nginx:latest, une mise à jour peut introduire des CVE
  • Utiliser le digest SHA256 pour garantir l'immuabilité : nginx@sha256:abc123...
  • Ne pas installer de debuggers dans les images de production (gdb, strace, tcpdump)
  • Nettoyer le cache dans le même RUN : apt-get install -y curl && rm -rf /var/lib/apt/lists/*
# Recommandé : image référencée par digest, donc immuable
FROM nginx@sha256:67f9a4f10d147a6e04629340e6493c9703300ca23a2f7f3aa56fe615d75d31ca
# À proscrire : latest n'est pas reproductible
FROM nginx:1.31.3

Avant toute chose : scanner vos images pour détecter les CVE (Common Vulnerabilities and Exposures) connues.

Je le privilégie pour son intégration avec Syft, son accent sur EPSS, KEV, risk scoring et OpenVEX, et sa capacité à scanner images, file systems et SBOMs indifféremment.

Fenêtre de terminal
# Installation par binaire officiel vérifié (empreinte SHA256)
GRYPE_VERSION=0.111.0
base="https://github.com/anchore/grype/releases/download/v${GRYPE_VERSION}"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz"
curl -sSfLO "${base}/grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt"
grep "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" "grype_${GRYPE_VERSION}_checksums.txt" | sha256sum -c -
sudo tar -C /usr/local/bin -xzf "grype_${GRYPE_VERSION}_linux_amd64.tar.gz" grype
# Scanner une image
grype nginx:1.25.3
# Scanner avec seuil de sévérité (fail si CRITICAL détecté)
grype nginx:1.25.3 --fail-on critical
# Format JSON pour CI/CD
grype nginx:1.25.3 -o json > results.json

Vous croiserez ces commandes dans la quasi-totalité des pipelines existants et des supports de préparation au CKS, ce qui suffit à justifier de les connaître. Deux options méritent une explication : --ignore-unfixed masque les CVE pour lesquelles aucun correctif n'est publié, utile pour ne pas bloquer un build sur un problème que personne ne peut résoudre, mais dangereux si vous l'activez sans suivre ces vulnérabilités par ailleurs. --exit-code 1 est ce qui transforme le scan en garde-fou : sans lui, Trivy affiche les CVE et le job reste vert.

Fenêtre de terminal
# Scanner une image
trivy image nginx:1.25.3
# Ignorer les CVE non fixées
trivy image --ignore-unfixed nginx:1.25.3
# Format pour CI/CD
trivy image --exit-code 1 --severity CRITICAL nginx:1.25.3

Pour approfondir le scanning et comprendre les scores CVE : Comprendre les CVE, CVSS et EPSS.

Un SBOM (Software Bill of Materials) est l'inventaire exhaustif de tous les composants d'une image : packages OS, bibliothèques, versions, licences. C'est la liste d'ingrédients de votre logiciel.

Fenêtre de terminal
# Générer un SBOM avec Syft
syft nginx:1.25.3 -o cyclonedx-json > nginx-sbom.json
# Utiliser le SBOM pour scanner avec Grype
grype sbom:nginx-sbom.json
# Générer et scanner en une commande
syft nginx:1.25.3 | grype

Voir le guide SBOM complet pour les formats SPDX/CycloneDX et l'intégration CI/CD.

La signature d'images garantit l'authenticité (l'image provient bien du build attendu) et l'intégrité (elle n'a pas été modifiée). Cosign de Sigstore est l'outil standard.

Un guide de supply chain qui installerait son propre outil sans vérification serait contradictoire : le bloc ci-dessous épingle donc une version précise et contrôle l'empreinte SHA256 publiée par le projet avant de rendre le binaire exécutable. Sigstore publie ce fichier sous le nom cosign_checksums.txt dans chaque release. La commande cosign generate-key-pair demande ensuite une passphrase : elle protège cosign.key, qui est la seule chose à ne jamais laisser sortir de votre coffre.

Fenêtre de terminal
# Installation Cosign : version épinglée + vérification d'empreinte
COSIGN_VERSION=3.1.2
base="https://github.com/sigstore/cosign/releases/download/v${COSIGN_VERSION}"
curl -sSfLO "${base}/cosign-linux-amd64"
curl -sSfLO "${base}/cosign_checksums.txt"
grep " cosign-linux-amd64$" cosign_checksums.txt | sha256sum -c -
chmod +x cosign-linux-amd64 && sudo mv cosign-linux-amd64 /usr/local/bin/cosign
# Générer une paire de clés
cosign generate-key-pair
# Produit cosign.key (privée) et cosign.pub (publique)
# Signer par digest (recommandé : le tag peut être réaffecté)
cosign sign --key cosign.key registry.example.com/myapp@sha256:abc123...
# Signer par tag (acceptable mais moins robuste)
cosign sign --key cosign.key registry.example.com/myapp:1.0.0
# Vérifier la signature
cosign verify --key cosign.pub registry.example.com/myapp:1.0.0

Vérification dans Kubernetes avec ImagePolicyWebhook

Section intitulée « Vérification dans Kubernetes avec ImagePolicyWebhook »

L'ImagePolicyWebhook est un admission controller historique, désactivé par défaut, qui délègue la décision d'autorisation à un backend webhook externe. Il reste documenté et utile pour comprendre les mécanismes de contrôle d'images, mais sur les clusters récents on rencontre davantage des admission webhooks génériques (ValidatingAdmissionWebhook) ou des moteurs de policy comme Kyverno.

La mise en place se fait en deux fichiers. D'abord les drapeaux du kube-apiserver, à ajouter dans /etc/kubernetes/manifests/kube-apiserver.yaml sur chaque nœud du plan de contrôle : le premier active le plugin, le second indique où lire sa configuration. Une erreur ici empêche l'apiserver de redémarrer, gardez une copie du manifeste avant de le modifier.

Drapeaux à ajouter au kube-apiserver
--enable-admission-plugins=...,ImagePolicyWebhook
--admission-control-config-file=/etc/kubernetes/admission/admission-config.yaml
/etc/kubernetes/admission/admission-config.yaml
apiVersion: apiserver.config.k8s.io/v1
kind: AdmissionConfiguration
plugins:
- name: ImagePolicyWebhook
configuration:
imagePolicy:
kubeConfigFile: /etc/kubernetes/admission/webhook-kubeconfig.yaml
allowTTL: 50
denyTTL: 50
retryBackoff: 500
defaultAllow: false # Bloquer si le webhook est inaccessible

Pour aller plus loin sur la signature : Guide Cosign complet.

En plus de la signature, on peut restreindre Kubernetes pour n'accepter que des images venant de registries approuvées. C'est la voie moderne et recommandée : les controllers de policy comme Kyverno ou Gatekeeper sont activés par défaut et offrent plus de flexibilité qu'ImagePolicyWebhook.

La politique ci-dessous s'écrit avec l'API policies.kyverno.io/v1, disponible depuis Kyverno 1.14 et servie par les versions 1.18.x. Deux champs portent tout le comportement : validationActions: [Deny] refuse la création plutôt que de se contenter d'un rapport, et l'expression CEL parcourt tous les conteneurs du Pod avec all(...), ce qui bloque aussi un Pod dont un seul conteneur viendrait d'ailleurs. Attention, matchConstraints ne cible ici que les Pods : un Deployment passera, puis son Pod sera refusé, avec un message d'erreur qui apparaîtra dans le ReplicaSet et non dans le Deployment.

apiVersion: policies.kyverno.io/v1
kind: ValidatingPolicy
metadata:
name: restrict-registries
spec:
validationActions: [Deny]
matchConstraints:
resourceRules:
- apiGroups: [""]
apiVersions: ["v1"]
operations: ["CREATE", "UPDATE"]
resources: ["pods"]
validations:
- expression: >-
object.spec.containers.all(c,
c.image.startsWith('registry.example.com/')
)
message: "Seules les images de registry.example.com sont autorisées."

Gatekeeper sépare le code de la politique de son paramétrage. Le manifeste ci-dessous est une Constraint, c'est-à-dire une instance : il suppose que le ConstraintTemplate K8sAllowedRepos, fourni par la bibliothèque officielle gatekeeper-library, a déjà été appliqué au cluster. Sans lui, l'API rejette le manifeste avec une erreur de ressource inconnue. Le champ repos fonctionne par préfixe de chaîne, pas par expression régulière : une entrée sans barre oblique finale autoriserait aussi un registry dont le nom commence pareil.

apiVersion: constraints.gatekeeper.sh/v1beta1
kind: K8sAllowedRepos
metadata:
name: allowed-repos
spec:
match:
kinds:
- apiGroups: [""]
kinds: ["Pod"]
parameters:
repos:
- "registry.example.com/"
- "gcr.io/distroless/"

→ Voir Guide Kyverno et Guide Gatekeeper.

En production et pour le CKS, voici le cycle recommandé :

  1. Build avec une image de base minimale (distroless/alpine) et build multi-stage

  2. Scanner l'image avant le push : grype myapp:1.0.0 --fail-on high

  3. Générer le SBOM et l'attacher à l'image : syft myapp:1.0.0 -o cyclonedx-json

  4. Pinner par digest : référencer l'image par son SHA256 pour garantir l'immuabilité

  5. Signer par digest : cosign sign --key cosign.key registry/myapp@sha256:abc123...

  6. Pousser vers un artifact repository privé et contrôlé (registry interne approuvée)

  7. Vérifier à l'admission : politique Kyverno/Gatekeeper ou ImagePolicyWebhook

Les quatre situations ci-dessous ont un point commun : le cluster se comporte exactement comme il a été configuré, et c'est la configuration qui pose problème. Les deux premières lignes concernent des blocages visibles, les deux dernières sont plus pernicieuses car rien n'échoue : le pipeline reste vert alors que le contrôle attendu n'a jamais eu lieu. Vérifiez ces deux-là en priorité si votre chaîne semble « trop » silencieuse.

SymptômeCause probableSolution
Pod bloqué par ImagePolicyWebhookWebhook inaccessible avec defaultAllow: falseVérifier la disponibilité du webhook
Signature non vérifiéeMauvaise clé publique ou image re-taguéeRe-signer ou utiliser le digest SHA256
CVE CRITICAL non bloquantesSeuil pas configuréAjouter --fail-on critical dans le CI/CD
Images latest en productionConvention de tag permissivePolitique Kyverno pour interdire latest

Les dix questions ci-dessous sont tirées de la banque CKS et couvrent uniquement le domaine supply chain. Elles insistent volontairement sur les distinctions que l'examen exploite : scan contre signature, tag contre digest, et contrôle d'admission contre contrôle en CI.

Contrôle de connaissances

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10 questions
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  • Le chronomètre démarre au clic sur Démarrer
  • Questions à choix multiples, vrai/faux et réponses courtes
  • Vous pouvez naviguer entre les questions
  • Les résultats détaillés sont affichés à la fin

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  • Images minimales : distroless > alpine > ubuntu, build multi-stage ; scratch réduit l'empreinte base mais la sécurité dépend du binaire embarqué
  • Scanner avant push : Grype (mon choix prod, EPSS, KEV, OpenVEX) ou Trivy (culture écosystème)
  • Le scan ne suffit pas : une image sans CVE peut rester malveillante ou compromise, compléter avec signature et admission
  • SBOM : inventaire exhaustif avec Syft, re-scannable séparément sans rebuild
  • Signature : Cosign, de préférence par digest et keyless en production
  • Contrôle admission : Kyverno/Gatekeeper comme voie moderne ; ImagePolicyWebhook comme mécanisme historique
  • Registries : restreindre aux sources de confiance, préférer un artifact repository interne
  • CI/CD : évitez les installations d'outils à la volée depuis Internet en production

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