Technique
La Technique est une recette générique. C’est le “comment faire” sans les détails spécifiques. Par exemple, la technique “Gestion de packages” sait installer n’importe quel package, mais ne sait pas encore lequel.
Mise à jour :

Vous gérez plusieurs serveurs et vous en avez assez de vous connecter sur chacun d’eux pour installer un package, modifier une configuration ou vérifier qu’un service tourne ? Vous n’êtes pas le seul. C’est précisément le problème que les outils de gestion de configuration résolvent.
Parmi ces outils, vous connaissez peut-être Ansible, Puppet ou Chef. Tous demandent d’écrire du code : des playbooks YAML pour Ansible, un DSL spécifique pour Puppet. Si vous êtes développeur, cela vous semble naturel. Mais si vous venez du monde de l’administration système “traditionnelle”, cette barrière peut être frustrante.
Rudder adopte une approche différente. Plutôt que de vous demander d’apprendre un langage, il propose une interface web graphique où vous configurez vos serveurs à la souris. Vous sélectionnez ce que vous voulez faire (installer un package, configurer un service…), vous renseignez les paramètres, et Rudder s’occupe du reste.

Rudder est un logiciel open source de gestion de configuration, développé par la société française Normation. Son objectif : vous permettre de décrire l’état souhaité de vos serveurs, puis s’assurer que cet état est respecté — en permanence.
Concrètement, avec Rudder vous pouvez :
L’idée fondamentale est simple : vous décrivez ce que vous voulez, Rudder s’assure que c’est le cas. Et pas une seule fois : en continu, toutes les 5 minutes par défaut. Si quelqu’un supprime un package que vous aviez demandé d’installer, Rudder le réinstallera automatiquement.
Quand on compare les outils de gestion de configuration, plusieurs critères entrent en jeu. Voici comment Rudder se positionne :
| Caractéristique | Rudder | Ansible | Puppet |
|---|---|---|---|
| Mode de fonctionnement | Agent permanent sur les nodes | Push à la demande (agentless) | Agent permanent |
| Interface principale | Web (graphique) | CLI + fichiers YAML | CLI + fichiers manifests |
| Courbe d’apprentissage | Douce (interface guidée) | Moyenne (YAML + modules) | Raide (DSL Puppet) |
| Vérification continue | Oui (toutes les 5 min par défaut) | Non (il faut relancer) | Oui |
| Rapports de conformité | Intégrés et détaillés | Basiques | Via Puppet Enterprise |
La première différence notable concerne le mode de fonctionnement. Ansible fonctionne en mode “push” : vous lancez une commande, elle s’exécute sur les serveurs cibles, puis c’est terminé. Si la configuration dérive ensuite (quelqu’un modifie un fichier manuellement), Ansible ne le saura pas tant que vous ne relancerez pas le playbook.
Rudder et Puppet fonctionnent différemment. Un agent tourne en permanence sur chaque serveur et vérifie régulièrement que la configuration est conforme. Cette approche garantit que vos serveurs restent dans l’état souhaité, même si quelqu’un fait une modification manuelle entre deux exécutions.
La deuxième différence concerne l’interface. Là où Ansible et Puppet demandent d’écrire du code (YAML ou DSL), Rudder propose une interface web où vous sélectionnez des options et remplissez des champs. C’est moins flexible pour les cas complexes, mais beaucoup plus accessible pour les équipes qui ne sont pas à l’aise avec le code.
Rudder s’adresse particulièrement à certains profils :
Pour comprendre Rudder, imaginez une école avec un directeur et des élèves. Le directeur (le serveur Rudder) définit les règles : “Tous les élèves doivent avoir un cahier bleu et un stylo noir”. Les surveillants (les agents Rudder) vérifient régulièrement que chaque élève respecte ces règles. Si un élève n’a pas son cahier bleu, le surveillant lui en donne un.
Techniquement, Rudder fonctionne avec une architecture client-serveur :
Le serveur est le cerveau de l’installation. C’est là que vous définissez vos configurations via l’interface web. Il remplit trois fonctions principales :
Chaque serveur que vous voulez gérer reçoit un petit programme appelé “agent Rudder”. Cet agent est léger (quelques dizaines de Mo de RAM) et discret. Son rôle :
Sous le capot, Rudder utilise CFEngine, un des plus anciens outils de gestion de configuration (créé en 1993). Vous n’avez pas besoin de connaître CFEngine : Rudder génère automatiquement les politiques CFEngine à partir de votre configuration graphique. C’est un détail d’implémentation transparent pour l’utilisateur.
Pour utiliser Rudder efficacement, vous devez comprendre quatre concepts qui s’emboîtent les uns dans les autres, comme des poupées russes.
Technique
La Technique est une recette générique. C’est le “comment faire” sans les détails spécifiques. Par exemple, la technique “Gestion de packages” sait installer n’importe quel package, mais ne sait pas encore lequel.
Directive
La Directive est la recette avec les ingrédients précis. Elle prend une
Technique et lui donne des valeurs concrètes. Par exemple : “Installer le
package microsoft-office en version 365”.
Groupe
Le Groupe définit à qui s’applique la configuration. Ce sont vos serveurs cibles. Par exemple : “Tous les postes Windows du département Marketing” ou “Tous les serveurs Ubuntu en production”.
Rule
La Rule (règle) est le lien final. Elle dit : “Appliquer cette Directive à ce Groupe”. C’est ce qui déclenche réellement l’action.
Prenons un exemple concret : vous voulez que nginx soit installé et configuré sur tous vos serveurs web de production. Voici comment vous procédez dans Rudder :
nginx, s’assurer que le service tourne, et déployer
votre fichier de configuration personnaliséhostname contient "web-prod". Tous les serveurs correspondants sont
automatiquement inclusÀ partir de ce moment, tous les serveurs du groupe auront nginx installé et
configuré. Si vous ajoutez un nouveau serveur web-prod-04, il sera
automatiquement inclus dans le groupe et recevra la même configuration — sans
intervention manuelle. Et si quelqu’un désinstalle nginx par erreur sur un
serveur, Rudder le réinstallera à la prochaine vérification (dans les 5
minutes).
Passons du concept à la pratique. Voici les principales capacités de Rudder, avec des exemples concrets de ce que vous pouvez accomplir.
C’est probablement le cas d’usage le plus courant. Vous voulez que certains packages soient installés sur vos serveurs, et qu’ils le restent.
Avec Rudder, vous pouvez :
Vos applications ont besoin de fichiers de configuration. Rudder vous permet de les déployer et de les maintenir conformes.
Les possibilités incluent :
Installer un package ne suffit pas : il faut souvent que le service associé tourne et se relance au démarrage.
Rudder gère :
La gestion des comptes utilisateurs sur des dizaines de serveurs peut vite devenir un cauchemar. Rudder centralise tout :
C’est l’un des points forts de Rudder par rapport à Ansible. L’outil génère automatiquement des rapports détaillés :
Rudder est conçu pour être extensible. Un système de plugins permet d’ajouter des fonctionnalités selon vos besoins. Certains sont gratuits et open source, d’autres nécessitent une licence commerciale.
Ces plugins sont disponibles pour tous les utilisateurs :
Pour les organisations avec des besoins avancés, des plugins commerciaux apportent des fonctionnalités supplémentaires :
Ces plugins s’intègrent naturellement à l’interface Rudder et étendent ses capacités sans complexité supplémentaire.
Rudder propose plusieurs éditions pour s’adapter à vos besoins. Le cœur open source est gratuit, mais les fonctionnalités avancées (plugins sécurité, support) nécessitent une licence.
La version communautaire, gratuite et open source :
La version entreprise pour les organisations qui ont besoin de support et de fonctionnalités avancées :
La version complète pour les organisations avec des exigences de sécurité élevées :
| Besoin | Édition recommandée |
|---|---|
| Tester ou petit parc (< 50 nodes) | Open Source |
| Gestion de vulnérabilités OU conformité | Enterprise |
| Sécurité complète + support premium | Corporate Security Suite |
| Audit et conformité réglementaire | Enterprise ou Corporate |
Maintenant que vous comprenez ce qu’est Rudder et comment il fonctionne, vous pouvez passer à la pratique. Cette série de guides vous accompagne pas à pas, du débutant à l’expert.
Voici les points essentiels à garder en tête :
Rudder = gestion de configuration avec interface web. Si vous préférez cliquer plutôt que coder, c’est l’outil qu’il vous faut.
Architecture agent-serveur. Un agent léger sur chaque serveur vérifie la conformité toutes les 5 minutes. Pas de dérive possible : si quelqu’un modifie manuellement une configuration, Rudder la rétablit.
Quatre concepts clés. Technique (le “comment”) → Directive (le “quoi”) → Groupe (le “qui”) → Rule (l’assemblage). Une fois ces concepts maîtrisés, tout devient logique.
Conformité native. Les rapports de conformité sont intégrés, pas un ajout. C’est un avantage majeur pour les équipes soumises à des audits réguliers.
Complémentaire à Ansible. Vous pouvez utiliser Ansible pour le provisionnement et Rudder pour le maintien en conformité. Les deux approches ne s’excluent pas.
Mode Audit/Enforce — Possibilité de juste détecter les dérives sans corriger automatiquement
Extensible via plugins — CVE, compliance CIS/PCI-DSS, mises à jour coordonnées
Alternative à Ansible pour les équipes ops qui veulent éviter le YAML et l’approche “code”